^-nl’ Cto tinette
DEUXIÈME CINQUANTAINE
DES
AMUSEMENS
MICROSCOPIQUES.
DE
• V .'t-
MONSIEUR
MARTIN FROBENE LEDERMULLER,
Confeiller de Juftice & Infpe&eur du Cabinet de Curiofîtés naturelles de S. A. St Monfeigneur le Marggrave régnant de Brandebourg -Coulmbac ; Afiocié de l’Academie Impériale des Naturalises, & de la Société Teutonique d’ Altorf.
Chés
ADAM WOLF GANG WIN TERSCHMID T,
/
Graveur & Marchand d’Eftampes d Nuremberg t ? 6 6»
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AMUSEMENS
MICROSCOPIQUES
DEUXIÈME CINQUANTAINE.
/
TABLE LL
Le Nerf optique d’un Veau.
\
es Savans & furtout les Anatomiftes ne font pas encore d’accord, fi les Nerfs ont les Tuïaux creux, ou non. Il y en avoit qui croioient, qu’ ils étoient folides & nulle- ment creux ; d’autres les comparoient à des Joncs d’Efpag • ne y ou à des Cannes de Sucre ; Il y en avoit peu qui les cruffent creux & la plupart e'toit fur ce chapitre dans une incertitude ennuieufe*
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Partie l L
C’elt
4
TABLE Lï. Le Nerf optique d’un Veau.
C' eft ainfi, p. e . que Severin a dit que les Nerfs optiques étoient creux WiUis en a dit autant des Gutturaux & Thomas Bartholin des uns & des au- tres. *
Déscartes en fait la Defcription la plus exacte à peu près en ces Ter*
;
mes :
„ Les Nerfs font un Paquet très compaéte de petits 7 uïaux, dont „ chacun eft revêtu & enveloppé par dedans & par dehors d’une Pel- », licule. Ils partent tous des deux Mer es du Cerveau ♦
Feu Mr. le ProfelTeur Heifter les décrit des Particules longues, menues, rondes, (Partes teretes) blanches, relfemblant à des Fibres, ou à des filets , & qui ont pour fluide une Matière fpiritueufe , qui eft l’Emanation la plus déliée du Cerveau ; de forte qu’on ne fauroit les regarder comme de Amples fibres; mais plûtôt comme de petits Vaijfeaux. Jl allégué dix puiffantes raifons, qui le font donner dans ce fentiment, dont je ne rap- porterai que la quatrième, que Voici : **
„ Puisque la Partie du Corps , dont on fépare ou coupe un Nerf , „ perd tout aufiitôt la Vie, le Sentiment & le Mouvement, & qu’ elle „ ne reçoit plus de Nourriture ; il faut neceifairement, que le Nerf 3, féparé ait contenu quelque chofe d’approchant d’un Efprit Vital , „ qui a nourri auparavant la Partie morte & qui 1’ a fait fentir &cmou- „ voir .
Mon illuftre Ami, Monfieur le Confeiller Treu, aux fages Ordon- nances & aux Soins infatigables duquel je fuis redevable, après Dieu, de ce que je puis commencer cette fécondé Cinquantaine d’ Obferva- tions microfcopiques, étant hors d’Apparence que je dûiTe parachever
le
• Vidi ego cauitatem & publiée demonftraui in cadaucre &c, funt verba Th.Barthol,
in Anatome. Pag. 662. Edit. Lugd. Batav, 1673,
8* In Compend, Anatom, &c, , 259. p, 149,
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TABLE LI. Le Nerf optique d’ uti Veaü.
le premier. Mr. Treu, dis-je , compare les Nerfs à la Conflitution des Queues du Fruit des Arbres , & croit , que ce qu’ on prend pour Ouvertures ou Cavités dans les Nerfs, ne font que des Interftices , Or de même que c7 cft par eux, que la Sève peut pénétrer dans le Fruit , & que le refie des Tïhmens delà Queue n’ eflpas creux, mais deflinéà d’autres Operations fecrettes de la Nature ; il en peut être tout ainfi du Nerf Optique, qui ré- préfente ici la Queue , & l'Oeil le Fruit, *
Quelques divers que foient ces fentimens , que j’ abandonne tous de bon cœur au Jugement du Leéleur ; ils fe réuniffent tous fur la Do- élrine de leur Ufage, qui efl en peu de mots, que les Nerf fervent h pro- curer la Nourriture , la Fie, le Sentiment & le Mouvement d toutes les Parties ex- ternes & internes du Corps,
C’ efl par ces nobles & précieux Organes que nôtre Efprit & nôtre Ame font mus & agités. C’ efl par eux, que nous éprouvons des Sen- timens de Joïe, de Gaîté, de Douleur & de Trifteffe. Ils naiffent de la Tête & du Cerveau ; & c’ efl donc par leur Moïen que nous penfons.
Mais helas ! combien de malhûreux Effets ne produi/fent- ils pas au dedans & au dehors de l’Homme. Tels font p. e, la Crampe, la Para - type, la Scyatique, le Mal-caduc , Y Etourdiffement, la léthargie, la Laffitude , la Surdité, Y Aveuglement, Y Apoplexie, la Perte du Goût, la Démence , la Folie, le Spafme & tant d’autres maux terribles. Trilles Fruits, dont les hu- mains font martyr ifés, par le Miniftère des Nerfs!
Avant que d’entrer dans l’Explication de l’Eflampe, je m’envai donner au Leéleur un Evénement des plus remarquables, tiré du pré. mier Tome des Nouveaux Aües de P Academie Impériale des Naturalises, **
A 3 Un
* Je puis dés à préfent aflurer, que les Fibres les plus déliées des Queues du Fruit font creufes.
** Nova Aâa phyfico-Medica Acad. Caef. Leop. Carol. Nat. Curiof. T. I, Norioîb, 17J7. Obferv. VI, D,D,G. C. Materni de CiJanop. ïG.Tab. I.fig. I.
6 TABLE LL Le Nerf optique d’uta Veau.
Un Manoeuvre , qui fervolt des Charpentiers, s’étoit fourré pat Mégarde un Clou , qui tenoit verticalement à un Poutre , qui étoit par Terre, dans la Plante du Pié droit , & les Nerfs en avoient été fort endom- magés. Le Coup fût fuivi de cuifantes Douleurs & d‘une fi exorbitan- te Enflure du Pié, de la Jambe & de la CuifTe, que ne pouvant fe tenir, fes Camarades furent obligés de l’emporter chéslui. On le mit au Lit; mais il ne pût pas y demeurer long-tems étendu, à la façon d’autres Malades. La bleflure du Nerf lui caufa une Crampe fi terrible, qu’ elle alla jusqu’ à lui retirer le gros Nerf de 1’ Epine du Dos & à réduire ce pauvre malhûreux à la figure d’un Demi - cercle, de for- te qu’il fût contraint de pafler 16. Jours & autant de Nuits, com- me un Arc bandé, fur le derrière de la Tête, le Bout des Coudes & îes Extrémités des Talons. En même tems la Crampe lui boucha tou* tes les Iflues naturelles de la Veflie & de l’^flomac, fans qu’aucun Remè- de pût le foulager. Enfin la Mort vint au Bout du 16 ie jour le ré- tirer de cet Etat de Défefpoir. Après fa Mort 1’ on fit les derniers Ef- forts, pour reddrelfer ce Corps ainfi courbé ; mais ce fût peine perdue. Il fallut ainfi le laiffer dans cette trille fituation & faire accomoder le Cercueil à fa poflure, pour le pouvoir enfevelir.
L’Auteur de cette Obfervation fait la Remarque judicieufe, qu’ à la Honte de la Chirurgie, ceux qui s’ en difent les Seélateurs voulurent faire pafler ce pitoïable Speélale pour l’Effet de la Magie : & leur fait voir, que, s’ ils avoient eu quelque Teinture delà Nervologie, ils auroient apperçu, que ce ne font pas des Caufes furnaturelles, mais de natu- relles, qui produifent de pareils Accidens ; tout Apprentif d’Anatomie devant favoir, que le Nerf de la Plante du pié vient de la Moitié Spinale , qu’il traverfe, fous le Nom de gros Nerf lfcbiade , 1* Os Sacrum , defeend le long de la CuifTe, de la Jambe & du Pié, & va fe terminer aux Orteils, & que par conféquent cet Effet peut être très naturellement produit par la Liaifon de tous ces Nerfs .
Cette
TABLE Lï, Le Nerf optique d’un Veau. 7
Cette Hiftoire & mille autres triftes Evenemens prouvent affés, que es dignes Suppôts d’Hygée font obligés de connoître très exa&ement les Nerfs tant par dedans que par dehors, quelque grand que Toit leur Nombre ; C’ eft aufli ce qui a întéreifé non feulement des Savons du premier Ordre , mais même des Academies entières à découvrir avec folidité leur vraie Figure & leur Conftitution.
Déjà Galien a cru,, qur il faloit pour cela prendre de gros An'f maux: prétendant, félon le Témoignage deBartholin, avoir vu quête Nerf optique d’ un Bœuf étoit creux*
Mais F Expérience de nos Jours a fait voir, que les plus gros Ani- maux nr ont pas répondu à cette efpérance* Car l’Academie des Scien- ces de PetersBourej aïant examiné en 1727. les Nerfs d’un Eléphant* elle ne les a trouvé ni creux9 ni plus gros que ceux de nos Animaux de la Campagnev * >
Je doute que l’on connût alors à Petersbourg les Aficrofcopes Nro 1. o. & 00. où le GroJJijfement au Deux cent millième , qu’ il faut cependant avoir, pour trouver & reconnoître, que les Nerfs font creux*
L’ Explication fuccinte, que je m’en vai donner de l’Efhmpe LIj dont la Defcription circonftanciée eft inferée dans le Journal de Franconie, Chap. 27. Nro U. va conftater mon Sentiment.
Etant à Erlang, il-y-aun An paffé, à m' entretenir avec Mr, leCon- feiller & Profefleur Delius, mon illuflre Ami, fur le Chapitre dès Nerfst que je croiois dèslors être creux ; il me confeilla, d’aller bien fur dans cette Recherche, & d’en faire F Experiment plus d’une fois» Jefuivis ce fage Avis, & pris pour cela le Nerf optique cFun Veau* Dabord je parcou- rus avec la Loupe Nro 7, la Surface du Nerf coupé, & déjà j’apperçus plufieurs petits Trousy fur lesquels êtoit un Suc blanc & épais qui ref- fembloit à du Lait a). Là dèflus j’ en coupai avec une Lancette u»
petit
* Comment, Acad, Scient, lmp* Petrepolit, Tcm.ï, pag? 37*-384- ad an» 17*7*
f TABLE Lt. Le Nerf Optique d’un Veau;
petit Morceau en rond très mince, b) & l'aiant examiné par le Micros- cope manuel Nro 3. je découvris quantité de Globules blancs & quelques petits Tuïaux fortans ; à T Ouverture desquels , je vis aufli ce Suc blanc c). Puis je coupai perpendiculairement du Nerf (a) le Morceau, d) ; je l’examinai avec le Microscope Nro O. & je vis un Paquet de petits Tuï - aux joints enfemblé,e) dont quelques uns avoient encore à l’Ouverture ce Lait , ainfi que je l'ai defliné f) ; dans d’ autres Tuïaux ce Suc étoit defcendu plus bas ; de forte qu’on pouvoit regarder dans les Tuïaux g).
Je deflinai le tout avec Soin, & aïant été enfuite à Erlang, pour d’autres affaires, j’ eus occafîon de l'expofer au Jugement deMr.Delius. Bien que je ne m’ attendifTe à rien moins, qu’ à des Doutes ou à des Ob- jections j Mr. le Profelfeur ne laiffa pas d’être d’avis, que ces Tuïaux pouvoient bien n* être que les lnterftices des Nerfs .
Je concevois bien la poffibilité de ces lnterftices ; mais j’ avois un Dépit fecret, de voir cette Obfervation fujette à tant de Contradiction & de Recherches pénibles, & à mon retour je jettai tout ce Tracas dans un Coin bien refolu, de ne me plus mêler de le débrouiller.
Au bout de quelque Tems, mes propres Nerfs m’ aïant obligé d’a- voir Recours à Mr, le Confeiller Treu, dont j’ai déjà parlé ; dans fa Vifite, le Chapitre des Nerfs fut mis fur le Tapis, Je lui produifis mes anciens Dejjeins , pour apprendre le Sentiment de cet habile Anatomiïlc: Mais il me fit, ainfi que j’ai dit plus haut, le même ObjeCtion, que Mr, Delius, c'eft que ces Tuïaux pouvoient être des lnterftices, comme dans les Queues du Fruit ; & que l’on pourroit faire des Obfervations plus certaines fur des Nerfs fecs &c. A peine mon Aefculape fut forti, que je cherchai, pourvoir fi je ne retrou verois pas mes vieux Veux de Veau. Ma Peine ne fut pas perdue. Je les trouvai tous deux , mais durs comme Corne. J’examinai tout de fuite le Defius & le Defîbus de Punde ces Nerfs, coupé perpendiculairement, & je découvris par le
fimple
TABLE LU. La Punaife. 9
(impie Nro f. quantité de Filament d’ un jaune brunâtre très ferrés les uns aux autres en Ligne perpendiculaire. J’ en humectai une Partie avec de l’Eau, & je parvins hûreufement enéflcurant & foulevant dou- fement avec une greffe Epingle, à détâcher & à redreffer quelques unes de ces Fibres , telles qu’elles fe voient h) de Grandeur naturelle, Je coupai un Couple de ces petits Morceaux détâchés, i) & les alant mis fur le Porte-Objet, je les examinai avec mon meilleur Microscope Nrooo, & les trouvai être de longs Tuïaux creux kk, qui ne fauroient fe mieux comparer , qu’ à des Cheveux de Tête ; puis -qu’on y peut clairement difeerner, comme à ceux-ci, leTiffu & l'Enlacement fubeil de U Peau ex- térieure, de même que les Tuïaux clairs, qui les parcourent tout du long en ligne perpendiculaire. Ce que j’ai aufli très exactement obfervé dans le Nerf de l’Aîle de Mouche Tab. LUI, c.
Si l’on peut après tout cela douter encore de leur Cavité , c’eft ce que j’abandonne au Difcernement du LeCteur impartial.
TABLE LII.
La Punaife*
La préfente Eftampe ne répréfente qu’une Femelle: a) montre un large Mufeau camard ; b) deux Antènes; c) de gros Yeux perlés; & d) fix Piés dont les extrémités font armées de deux Serres e) comme les autres Infeïïes . Ce puant Animalcule eft au refte répréfenté par le Dos , fur lequel on peut voir félon leur vraie Situation & Figure, la Quantité d’ Anneaux, &de poil, de même que les Entrailles g, h. i. k. 1,) qui reçoivent leur Nourriture des Vaiffeaux f.) le tout ainfi qu’ il a été obfervé par la Lentille Nro 6. L’ on-voit m) une Ouverture ronde, qui ne fe voit point au Mâle , &n) montre la Groffeur naturelle de la Punaife. Je donnerai une autre fois le Mâle du côté du t'entre avec P Aiguillon ; & c’ eft jusque là queje remets leRefte delà Defcription de cette Créature.
B TAS-
ïo TABLE III. Une Aîle de Mouche.
TABLE III.
Une Aîle de Mouche.
J’ai d’abord examiné r Aîle de Mouche a) avec la Lentille Nro ç. & je l’ai vû telle qu’ elle eft fîdelemënt deflinée fig. b) avec fa Membrane ou peau fubtile Couleur d’Arc-en-eiel, Tes petites Plumes déliées & fes Nerfs, J’en ai examiné une Particule par le Microscope Nro i. avec Tes Plumes; Vû d) & fans Plumes e) aïant eu foin d’ôter & de laver les plumes de cel* le ci. LaNature afans doute muni de Plumes les Ailes de la Mouche , de même que celles des autres Papillons, de peur que la Pluie '& l’Humidité ne les empêchât de voler. Car fans ces Plumes, la tendre Peau fe rélâ- cheroit bientôt dans l’Eau. Mais avant que de finir cette Obfervation, je dois dire, que pour avoir P Aîle bien entière, je l’ai arrachée un peu avant dans le Dos de la Mouche. Par là j’ai eu auffi le Nerf de 1‘ Epaule c) auquel tenoit l’Aîle, qui dans fa Figure naturelle étoit de beaucoup plus fin qu’un Cheveu , & qui s’ eft préf nté à la Vue par le Nro o, de la même façon que les Nerfs optiques ont été décrits Tab. LI. *
Je crois que fi l’on avoit foin, quand on arrache une Aîle de Mouche , de la prendre bien ayant dans le Dos, & de la tirer tout d’un Coup, l’on pourroit toutes les fois arracher le Nerf entier ; ainfi que je l’ai éprou- vé, & l’on verroit avec Etonnement, que dans le Microscope il rdfem- ble parfaitement à un Cheveu de Tête.
TABLE LIV.
Figure i.
Un Bout de Dentelle fine de Brabant.
Figure 2.
La Moitié d’une petite Toile d’ Araignée.
La Comparaifon que j’ai faste de r Aiguillon de l’Abeille avec la Pointe d’ une Aiguille , a été ü bien reçue , que des Perfonnes de haut Rang
m’ont
* V. V Explication des Eftaïiipes XXXIV. XXXV. XXXVI. XXXVII, XLï. & XUI. de la 3. Partie,
T AB. LIV. Fig. i. Un Bout de Dentelle &c. Fig. z, La Moitié &c, it
m’ont ordonné de continuer à donner des Obfervations de cette Efpèce. C’eft ce qui m’a obligé d’en defliner deux fur cette Eftampe ; dont la prémière répréfentc un Chef d* oeuvre du Beau Sexe ; & l’autre l'Ouvrage journalier du plus vilain des Infeéles.
En mettant ces Ouvrages vis-à-vis l’un de l’autre, l’on ne peut fans Injustice refufer la Préférence à l’Araignée. Cette Fileufe & Tapifliére infatigable n’ a eu qui que ce foit pour lui apprendre à filer & à faire fon Tiffu. Il ne lui faut ni Destin, ni Patron , ni Epingles, ni Métier , ni Rouet9 pour fon Travail, & cependant rien ne l’égale pour l’Art, l’Ordonnance & la Force.
Car autant que ce Bout de Dentelle Fig. i, paroit beau hors du Microsco- pe, & autant qu’un Voile transparent de la Dentelle la plus fine orne une Gorge bien arrondie ; aufii mauvais effet fait elle dans le Microscope, où l’on ne voit qu’ une Enlaçûre grolfière & confufe de Noeuds & de Lacqs de Ficéle & de Corde b). On n’y reconnoît ni Deifein, ni la moin- dre Ordonnance ; de forte qu’on ne le peut voir fans rire.
Mais que nous montre le Tijju de l’induftrieufe Arachné Fig, a. De- dans & dehors du Microscope, rien qu’ Egalité, que Dejjein , et fi j’ofe le dire, qu’ Intelligence. Car pour rendre fa Toile durable, elle ourdit dou- bles les Fils qui font les plus expofés au Choc des Mouches & d’autres plus gros Animaux, & qui doivent foutenir fon Corps & celui de fes Enfans , Voi a) b). Pour ceux qui ne lui doivent fervir que d’ Echêlons , ou de Filets & de Lacqs pour envelopper fa Proie, elle ne les ourdit que fimples c) & les attache à ceux de Traverfe b). Et quelque pénible, régulier & artificiel que foit cet Ouvrage, elle y efl infatigable ; quand même on le lui détruiroit chaque Jour, Je renvoie à un autre Tems d’en dire davantage fur ce Tijfu, Je me contente pour le coup de re- marquer, que j’ ai trouvé tous ces Fils creux & de la Grolfeur marquée a) b) c), mais qu’il faut faire cette Obfervationpar les Mroi. ou o.
B i TABLE
x% TABLE LV. La Peau de l’Homme & fe$ Pores.
TABLE LV.
La Peau de l’Homme & fes Pores.
Bienque la Conftitution de nôtre Epiderme ne foit pas encore des plus exaétemens établie & décrite, & que bien des Gens n’en aient au- cune Connoiflance ; Elle n a pas laiffé de faire l’Objet des Récherches des Naturaliftes de l’Antiquité,
Timée le Locrien, fur le Syfteme duquel Platon a fondé fa Philofophie naturelle, peut paffér pour le prémier, que nous fâchions , qui ait donné une Defcription & une Définition exaéle de l'Epiderme de l’ Homme & de fes Pores *,
Après lui eft venu Hypocrate , Père de la Medecine, qui a enfeigné, que tout9 le Corps de l'Homme eft fait de façon quen puant & en tirant V h alêne, il peut tranfpirer & infpirer. Et fes dignes SuccefTeurs Sanïïorius à Saniïo- rîis , Nicolas Sténo , Marcel Malpigbius , & Nehemie Grew , nous ont donné d’excellens Ecrits, moins à la vérité fur fa Conftitution , que fur fou Utilité.
Monfieur Hoerel, récommandable Phificien de nôtre Ville, lorsqu’ il prit le Grade de Docteur en Medecine en 1732. nous donna auffi une très do£te Dilfertation , fur les avantages des Pores , de l'Epiderme de P Hom- me **. Et j’ofe afilirer , fans Lui vouloir faire Compliment, que , félon moi, Ton ne fauroit lire cette Pièce fans en recueillir du profit & de la Satisfaction.
Pour moi, je ne fonge qu’ à expofer à la Vue la Figure extérieure de la Peau & de fes Pores, en abandonnant le Kefle aux Dépofitaires des Secrets
d’Efcuîape,
je n’en ai vu que deux Dejfeins gravés en Taille-douce j l’un de Lee-
vven-
* în Timaeo pag. 491. Edit. Lugd, Anno 1 $88.
** De primario ufu Pororum in fuperficie corporis humani, Altorfii 1732.
TABLE LV. La Peau de l’Homme & Tes Pores. 13 vvenboetk, * l’autre de Grew **« J’avoue ingénument, que celui de Grew eft plus naturel & plus fur que celui de Leewenhoeck, car j’ai trouvé les Obfervations & les Figures du Premier fort reflemblantes aux Miennes; aulieirqueje n’ai point encore découvert dans la Peau les Ecailles à cinq Angles, que Leewenhoeck prétend être couchées à trois Rangs les unes fur les autres.
Car ce que le Doéïeur Grew a/Ture avoir obfervé ; que les Pores des Pies & des Mains de l’Homme font plus grands & plus larges, que ceux des autres parties~du Corps ; que la Peau y eft garnie d’une Infinité de Lignes , de Triangles & d3 Elypfes Sphériques , entre lesquelles l’on peut mê- me appercevoir les Pores avec l’Oeil nud ; que ces Pores reflemblent fous le Microscope à de petites Sources , au Centre desquelles l’on voit des Goûtes d’Eau claire, qui rejaillirent toutes les fois qu’on les efilue &c. Tout celafe conftate par l’Experience la plus moderne & la plus quoti- dienne ; & pour s’en convaincre, il n’y a qu’à confulter les Microscopes communs Nro 4.5.
Selon moi l’Epiderme eft compofé de Lignes, de Fentes ou Crevajjes, de Pores & d’ Ecailles.
Cette fj-ièmc Eftampe montre Fig. 1. un Doigt répréfenté par la fim- ple Vue, fur lequel on peut déjà appercevoir des Lignes elyptiques & de petits Pores ♦ Fig . 2. ne donne que la première Jointure d’un Indice, groftîe par le Nro 6. dont l’ Epiderme avoit reçu, par le Maniment inconfidéré de l'Eau-forte, plufieurs Ouvertures & Fentes & s’étoit entièrement feparé du Doigt . Je pris d’abord ces Fentes, Felures ou Crevaftes, fur lesquelles fe voioient les Pores , & que j’avois remarquées entre les Lignes , pour les véritables Ecailles que Leewenhoeck avoit décrites ; mais j’en fus défa- bufé par une Récherche ultérieure.
B 3 Car
• Defcriptio acufuspororumineutemanuum atquepedum translata ex transaâ, Angl* Menf. Maji 1684. n- » î9. V. Acta Erud, A..1685, T, . 5. 6, p. {56.
** Arcan, Nat, Tcm, 3. pag. 413.
14 TABLE LV. La Peau de l’Homme & Tes Pores.
Car aïant mis dans le Porte - Objet une de ces prétendues Ecailles , dont la Groflèur naturelle fe voit Fig . c) & P aïant examinée par Nro o. je découvris feulement quantité de petites Ecailles , dont le plus haut Groflilfement par Nro oo. fe voit individuelement d) & qui font fi peti- tes, qu’on en peut couvrir zoo. avec un Grain de Sable.
Je ne faurois donc concevoir pourquoi Leewenhoeck a deffiné plu- sieurs de ces Ecailles, aufîigroifes que Fig . 3. a) & quelques unes couchées troisfois les unes fur les autres b) le tout d'après fon Dejfein . Jusqu’ ici, malgré tous mes Soins, je n’ai pas eu le Bonheur de voir fur la Peau de D’Homme des Ecailles dont le Volume allât au delà de d) & e) Fig. f.
La Fig. 4. répréfente un petit Morceau de Peauy dont la Grandeur natu- relle eft la même que c) & qui eft prife du Milieu de la Main. Les Lignes & les Pores y font fidèlement marqués, tels que je les ai vus par Nro 4.
Les Amateurs n’ont qu’à en faire l’Epreuve par les Verres Nro?. ou 4. à la Clarté du Soleil ou à celle des Bougies & ils pourront voir aifés clairement \z Sueur tomàre hors des Pores •
Au refie je lailfe au Le&eur à voir fi, pour avoir quelque particule de Peau humaine, il juge à propos de fuivre le Confeil fuivant qui eft de Mr, Backer :
,, Pour bien voir les Pores ^ dit-il , qu’on coupe avec un bon Rafoir j, une Particule bien mince de l'Epiderme; & puis une fécondé à la „ même Place, & qu’on en préfente au Microscope autant, qu’on en „ pourroit couvrir avec un Grain de Sable &c.
Je ferois tenté de croire, que le fécond Coup de Rafoir iroit jus- qu’ au Vif.
Cependant Raillerie à part, il n’eft pas fi aifé que l’on croit d’avoir une Peau d’ Homme qui foit propre aux Récherches Microscopiques, Qifon ne croie pas p. e. qu’on puiife faire Ufage de la Peau d’une Main, à laquelle le Travail a caufé des Durillons ; quand ce feroit celle de la Dame la plus belle & la plus délicate.
Une
TABLE LV. La Peau de l’Homme & fes Pores, t$
Une telle Peau des Durillons efl de beaucoup trop épaiffe ; elle tient m ême plus de la Corne que delà Pc*u, & elle n’eft point du tout trampam rente.
J’ ai e'té obligé de différer plusieurs Années à faire cet Experiment faute d’Objet; jusqu’à ce qu’ il-y-a quelques femaines, qu’il m’ efl arrivé l'Accident, que voulant nétoïer quelque chofe avec de V Eau forte, je me fuis tellement endommagé t Indice delà Main droite, que l’Epiderme s’ en eftfe'paré ; ainfique j’ai dit ci-devant. Ce qui m’a fourni cafuelle- ment & fans beaucoup de Mal une affés bonne Provilion de Peau pour mes Obfervations Microscopiques.
Je ne puis finir fans faire Mention du Calcul des Pores , qui, félon Leewenhoeck, fe trouvent dans tout le Corps d’un Homme.
Il fuppofe que Cent pores, les uns derrière les autres dans une Ligne, font la Vingtième Partie d’un Ponce . Un Police en contiendroit don© looo. & un Pié n ooo. dans une Ligne ; Mais le Pié en Quarré en contien- droit 144. Millions.
A fuppofer donc comme certain, que la Superficie d’un Homme a 14; Piés en Quarré ; la Superficie de toute fa Peau auroit Deux Mille & Seize Millions de Pores. -
Du Refte je fouhaite de bon coeur au Leéteur, que tous fes Pores falîent exaélement les Fondions auxquelles la Nature les a deftine's, & qu’ils ne tranfpirent ni trop, ni trop peu * l’un & l’autre étant contraire à 1a Santé.
Ceux qui ont des Microscopes folaires , peuvent voir contre une Paroi blanche & éclairée la Tranfpiration des Mains monter des cinq Doigts, comme une Papeur épaiffe, Amufement délicieux, que plufieurs de mes Amis & moi nous fommes donné plus d’ une fois dans une Chambre obfcure.
Comme il vient de me tomber entre les Mains une Idée finguliére de Mr. Maillet, par laquelle il veut faire de tout le Genre humain au- tant
TABLE LV« La Peau de T Homme & fes Pores.
1 6
tant d’ Animaux acquatiques , je ne puis m’empêcher de mettre ici cette Saillie neuve & originale, & de l’abandonner à l’Examen du Leéteur.
” L’ on trouve en même tems en l’Homme, dit - il, un Carattère cer- ,, tain, qu’il tire fon Origine de la Mèr. En Effet il n’y -a qu’à en „ examiner la Peau avec un Microscope tel qu’on en a inventé de „ nos Jours, & qui p. e. porte un Grain de Sable jusqu’ à la Groffeur j, d’un Oeuf d’ Autruche. Vous verres par là que toute la Peau ed „ pleine de petites Ecailles qui reffemblent à celles de la Carpe.
Si l’on veut ajouter que l’Experience journalière nous fait voir des Hommes fi tigneux , que l’on apperçoit par l’Oeil nud les Ecailles qui cou- vrent leur Peau, il- y- aura bien encore là dequoi mieux conftater leur Origine marine. *
NB. Puisque je fuis fur le chapitre des Mains ecailleufes de Mr. Ma- illet, je me rappelle d'avoir vû une telle Main en Taille - douce dans le Commerce littéraire **, prife des Transactions pbilojopbiques ***. Le célébré Haturalide Anglois, Mr. George Edwards **** a peint cette Main d1 après nature et l’a décrite telle qu’il l’avoit vue et examinée lui même en un Païfan. Elle êtoit conditionnée d’une façon dont aucun Savant n’a encore parlé; car elle confldoit en une Infinité de petits Tu'iaux brun-noirâtres, en Cylindre, et heriffés de près d’un demi Pouce ; les- quels étoient fi diadiques, qu’ils bruïoient, quand on y paffoit la Main deffus; & c’étoit à leur Pointe, qu’on appercevoit les Pores.
Cette Hidoire m’ a fait faire toutes fortes de Reflexions fur le Cha- pitre des Ecailles de nôtre Peau, Et Monfieur le Confeiller Trew , qui
a eu
* Teliamed ou Entretiens d’un Phiîofophe Indien avec un Miflionaire françois fur la diminution de la Mer, la formation de la terre l’Origine de l’Homme, mis en ordre fur les Mémoires de feu Mr. Maillet. Amû. 1748. in 8vo p.206.
Annus 1734. pag. 243* Tab. y. Fig. 7.8. 9»
*** Vol. 37. Num. 424. an. 1731. 32. Tab, I. Fig. r.
a*** Gleandings of Naturel Hiftori by George Edwards. London 1758. C. t, Pla.
212. p. 3,
TABLE LVI, Un peu de la Cornée d’un Oeil de Hanneton. 17
a eu la bonté de me communiquer V Hiftoire naturelle à’ Edwards , m’aïant honoré aujourdhui d’une Vifite, je me fuis ouvert à ce célébré Anato- mifte, & i] a eu la complaifancc de m’éclaircir infiniment cette Matière, par l’Experiment fuivant,
Monfieur le Confeiller a eu donc la bonté de me dire, qu’ il avoi* mis pendant quelque Tems tremper une Tête à' Homme dans de l’Eau, pour faire quelque Epreuve, & qu’ enfuite aïant palfé par hazard le Doigt fur le Nés de cette Tête en 1’ examinant, il l’avoit -trouvé fi macé- rée pur l’Eau, que V Epiderme du haut du Nés s’enleva & ,y refta pendu au Bout. En examinant la Superficie de cet Epiderme , qui tenoit aupa- ravant à la Peau proprement dite, il n’avoit appcrçu qu’un Amas velu de Filamens fortis des Pores de l'Epiderme & rcftés attachés à la fécondé Peau ; Aiant enfuite confidéré en dehors cette Pellicule enlevée, fes Pores te trouvèrent, comme de Raifon, beaucoup plus grands & plus larges, que d’ordinaire. S’il eft donc certain, que les Pores de l’Epider- me ( cuticuU ) ne font que les Ouvertures, par où fort le fu- perflu des Humeurs ; ainfi que l’a prouvé Ruifcb par P Expérience, en ré- futant la DoBrine des Glandes de Leevvenhoeck, de Malpigbiu : & de Sténo ; il eft aifé de trouver la Gaule qui a produit la Peau écailleufe & pleine de Tuïaux du Païfan Anglois. Ce Principe même peut nous donner en gé- néral des Idées naturelles, faciles & polftbles de la vraie ftruélurc de nô- tre Epiderme,
Mais que tous ces Tuïaux ne foient pas de la même efpèce, & qu» il. y- en ait qui contiennent une Matière buileufe ,• c’eft ce que Mr. le Con- feillér à découvert par dâferentes Obfervations,inferées dans le Commerce littéraire *.
T A BILE LVI.
Un peu de la Cornée d’un Oeil de Hanneton.
La Partie extérieure de l’Odl de toutes les Créatures, Hommes & Bêtes , porte bien le Nom de Tunica cornea ou de Cornée ; mais ce- pendant la Conftitution n’en eft pas la même. Dans les Hommes & les
C gros
* Ann, 174$. p. 24<S. Tab, i. fig. *4,
ï% TAIJLË LVI. Un peu de la Cornée d’un Oeil de Hanneton,
gros Animaux, on la trouve unie comme une Glace & fans Comparti- mens, Mais dans les Infeétes elle eft formée tout autrement & dans la plupart, d’une Infinité d’Hexagoncs. On la voit aufli fouvent triangu- laire ; mais cela vient des fes Lumières transparentes , qui font des Reverbe * rations différentes & qui ont toujours du rapport à nôtre Attitude & à nô- tre Point de Vue, Il en effc de même du Jour, Car s5 il n’y-a qu’une Partie du Microfcope qui foit éclairée, & que l’autre ne le foit pas, il n’ en faut attendre que d’ Angles faux. 11 ne faut donc pas s’abufer; car il eft certain que les Yeux des Infeétes furtout des Abeilles , des Mouches , des Han- netonsq des Sauterelles &c. font compofés des Réfeaux les plus fins, en Hexa- gones géométriques, qui refiemblent en dedans à des Miroirs concaves, que nul Géomètre ne fouvoit imiter.
Cette Cornée eft très fine & mince dans certains Infeétes , tels que la Mouche & le Cou fin, dans d’autres, comme dans l'Abeille & le Hanne- ton, elle elt fort épaiife.
La diverfité de la Couleur de la Cornée vient de la Liqueur , qui eft entre elle & l’Llvée. Car celle-ci, félon Scbvv animer dam, n’eft point au Fond de l’Oeil, mais d’abord au deffous de la Cornée. La Liqueur elle même, qui eft entre deux, eft rouge, ou verte, ou bleue, ou jaune, ou blanche, ou noire, ou brune, ou mêlée; & la diverfité de la Couleur extérieure dans les Yeux des Infeétes, vient de ce que cette Liqueur pa- sroit à travers la Cornée,
Le célébré Naturalise Hoocke a compté Quatozre Mille de ces He- xagones ou Yeux difFérens dans la Cornée de la Demoifelle. J’ aime bien mieux l’en eroire fur ce Calcul, que de le faire ; bienque ce feroit un a fie s joli Amufement & affés facile pour un Amateur. Il n’y-auroit qu’ à divifer une Cornée par Portions égales & en mettre une fous un bon Verre dans le Microscope folaire, pour compter à fon aife contre la Pa- roi, combien cette Portion auroit d 'Hexagones; & cela feroit trouver fans Peine la Totalité des autres Parties»
31
TABLE LVÏ, Un peu de la Cornée d’un Oeil de Hanneton» 19
Il me refie à repondre à la Queflion : Pour quoi la Sage Providence a donné tant d’Yeux à des Infeélcs, qui nous paroiffent fi vils , préférablement à toutes les autres Créatures ? Je m’en vai donner un Racourcide ce que les plus grands Naturalises ont dit fur cette Matière,
Comme les autres Créatures peuvent remuer leurs Yeux , ce que les Infcïïes ne fauroient faire ; la Sage Providence a compenfé ce défaut de Mouvement pâr la Quantité, & elle a formé leurs Yeux de Façon que pouvant voir en tous Sens à la fois, ils peuvent fe mettre en garde con- tre les Embûches de leurs Ennemis, les Araignées, les Moineaux, les Hi- rondelles &c. & appercevoir de tous côtés leur Nourriture & leur Proie. L’on peut en voir davantage dans Leevvenboeck , Hoocke ♦ Nieuvventyt , Scbvvammerdam , & dans bien d'autres, dans lesquels, & furtout dans la Bible de la Nature de Schwammerdam, l’on trouve la Réfutation des Ob- jections faites contre- la Multiplication & t Errement de la Vue, & la Preuve, que chaque Hexagone a fon Nerf optique particulier. Nous même, avec deux Yeux, nous ne voïons pas les Objets doubles. J’ai encore à dire un Mot fur la Manière de préparer la Cornée de /’ Infeïïc pour le Mifcro- fcope.
Si l’on veut faire cet Examen fur des Bêtes vivantes, ce qui efl bien le plus fur ; l’on n’a qu’à féparer la Tête de la Mouche , Abeille ou Saute- relle; qu’à la partager en deux, & qu’ à couper bien proprement, avec de petits Cifeaux, la Peau velue qui environne l’Oeil.
Puis on attache avec deux Epingles cet Oeil encore plein de fon Humeur & reffemblant à un demi Globe fpbérique , à une Planche de Tilleul bien life ; & l’on en torche bien proprement la Liqueur intérieure avec un Pinceau & de l’Eau fraîche. Pendant cette Operation, l'on apper- cevra à Vûe d’Oeil le Changement de la Cornée , & l’ on découvrira infen- fiblement la Rétine argentée, brochée de Milliers d’ Hexagones. Il faut continuer à torcher, jusqu’ à ce que la Cornée foit aufîi transparente, que du Verre & aufîi molle que du Papier. Ce n'efl pas en vain qu’on la nomme Cornée j car elle efl aufîi dure & aufîi roide, que de la Cor-
C z ne|
ïo TABLE LVL TJn peu âe la Cornée d’un Oeil de Hanneton.
rie j aufli caflfe~t-elle comme le Verre & la Corne, quand on la p relie avec violence. Il eft ainfi bon de mettre entre les deux Verres du Porte-Objet, la Cornée encore humide, après l’avoir bien nettoîée &rendue transparente. Car de cette façon, ou la peut plier & l’y mettre entiè- re ; au Lieu qu’elle prendroit des Fentes, fi l’on vouloit la plier étant fêche.
L’on peut à la vérité la tirer plus aifément d’un Infeéle délfêché & gardé ; mais il faut auparavant faire tremper un couple de Jours cet Oeil ou cette Cornée dans de l’Eau ou de l’Efprit de Vin & la bien purger, comme ci - delïus, de toute l’Ordure qui y tient.
11 ne faut pas non plus pour cela toute une Cornée, une Particule rendant le même Service. Celle de la Oemoifelle (Lybelle) efl la plus commode pour fa Groflfeur Scfa Transparence.
Cette ç6me Eftampe répréfente un brin delà Cornée d’un Escarbot doré des Indes, dont l’Epaiiïeur eft bien quatre Fois aufli forte, que celle de la Peau de fon Corps ou de fon Aile.
L’ on voit a) t Oeil entier & la véritable Figure de cet Escarbot de Grandeur naturelle. L’on en montre b) un Morceau grolîi par Nro avec fa multitude de Miroirs Sphériques, dont la Couleur fe préfentoit jau- ne doré.
NB. La çime Fftampe étant déjà gravée & fes Explications impri- mées, je reçus la favante D e fer iption de l'Oeil de /’ Homme deMr le Profef- feur deGcetingue Zinn, que la Mort a trop-tôt ravi à l’érudition, accom- pagnée de magnifiques Eft amp es * dans lesquelles j’ai vu avec Surpri- fe ; que le Nerf optique étoit tout autrement répréfenté, que je ne l’ai pu obferver jusqu’ici. C’eft donc pour prévenir tout fiéproche, que j’ai fait très fidèlement copier & imiter le Deflfein de feu Mr. le Profelfeur fur cette Fftampe Fig. 2. fans Enluminure , où eft répréfenté
a) le Nervus opticus comme un petit Tuïau féparé, fitué au Milieu 5
b) Vagm& nervi optici lamina exterior , &
O Val'
% Dcfcrîprio anatomica oculi humani Iconib. illuftrata AuÔ. Dr, Joh. Gottefr, Zinn.
Gœting* 1755.
TABLE LVII. Des Criftaux de l’Alun.
n
c) Vag. nervi opt. lam. interior ;
d) pia mater nervi optici . Ce font les propres Termes de l’Auteur.
N’ aïant donc jamais apperçu le Nerf optique de cette façon, j’ai fait
graver à Coté mon Obfervation Fig. 3. J’ai bien trouvé dans b) & c) les deux Gaines extrêmement minces ; mais je n’ai pas trouvé dans a) un petit Tuïau particulier ; mais bien quantité de petites Fibres très dé- licés, ainfi que 3’ ai expliqué ci-devant.
J’avoue que je n’ai pas encore eu Occafion d’examiner la Cornée d’ un Oeil humain. Peut etre que la Différence vient de ce qu’ Elle eft autre dans l’Homme, que dans le Refte des grandes Bêtes. Or comme j’en doute, j’attends que l’Occafion fe préfente de m’en éclaircir.
Pour s’épargner la Peine de diffequer une Tête de Veau, je puis a f- furer à mon Leéleur, qu’il peut faire des Teux de Poule , d'Oie & d’ autre Volaille le même Ufage, que de ceux des plus grofTes Bêtes, pour examiner le Nerf optique .
TABLE LVIÏ.
Des Criftaux de l’Alun.
J’ ai été bien du Tems à pouvoir porter cette Obfervation au Point de Perfeélion, que je la défirois. La Goûte, bien loin de fe vou- loir Criftalifer dans le Verre, ne vouloit pas même fe configurer. J’avois toujours dans le Porte-Objet une MaJJe gluante, comme de la Colle ou de la Gemme ; & cela me fît aufît abandonner entièrement cette Récherche. 11 n’ y- a que quelques Semaines, queleHazard rn’ a fait attraper le Se- cret d’y reiiffir. Je m’en vai donc communiquer fàdelement la Manière d’imiter cet Experiment avec Facilité.
L’on prend un petit Morceau à’ Alun auflî clair & Transparent, qu’ on le peut avoir. Il s’en trouve par fois d’auffi clair, que le Chriftal. L’on en met la Quantité qu’on veut dans un petit Mortier de Verre bien
C î
net
2t
TABLE LVII. Les Criftaux de l’Alun,
net, avec à peu-près trois fois autant d’Eau froide, & on le broie jus- qu’à ce qu’il foit prèfqu’ entièrement fondu & diflbus. En fuite l’on en pofe avec la Pointe d’une Plume ou d’ un Pinceau bien propre une très petite Goûte fur le Porte-Objet, laquelle on laiffe fêcher d’ elle même, ou pour gagner du Tems, on la fait fêcher fur une Plaque ; mais il faut qu’ elle ne foit que médiocrement chaude. Dés que l’Oeil nud apperçoit, qu’elle prend un Cercle blanc , il faut mettre le Porte-Objet fous le Micro- fcope, pour remarquer & admirer jusqu’ à la Fin les Operations de 1a Nature-
Dabord il fe préfentera des Points Couleur d’ Arc-en-ciel, en Forme d 'Etoiles, mais qui enfin fe produiront en différentes Figures Géométrique- ment régulières & en Crijlaux , dont rien n’ égale la Beauté. J’ ai tou- jours remarqué parmi ceux - ci, quantité de Crijlaux de Vitriol & de Sel ordinaire, & j' ai fidèlement répréfenté fur cette f 7™e Ejlampe tous ceux qui me font tombés fous les Yeux.
C'eftainfip, e, qu’ a) répréfente une Figure à 14. Superficies, donc chaque Coté en a 7. entre lesquels ceux du Centre font des He- xagones réguliers, & Ceux des Extrémités confiflent en 3. Quarrés &c 3. Hexagones *
b) cft un Oïïogone de huit Triangles rectangles \ de même que
c) qui ne fe préfente autrement à la Vue, que parce que cette Fi-
gure femble porter fur fa Bafe.
d) répréfente un Crifial de 14. Superficies à Angles obtus &
e) un Corps géométrique compofé de 14. Côtés, n, Quarrés & 1,'
Hexagones.
f) efl un des plus beaux Criflaux & des plus réguliers, lequel polir
fes Trapezoïdesi fes Angles obtus, fes Triangles & Prifmes eft plus pro- pre à donner de l’Admiration qu’à être décrit.
g) une Pyramide ou Cube, qu’on voit d^ordinare dans le Sel de Mèr,
de Pierre, de Fontaine, & même de Cuifine,
h) un
TABLE LVIII. La Configuration de V Aluni a#
h) un Pentagone oblong, dont il - y en a par fois 3. à 4. de jonchés
les uns fur les autres ; & qui paroît être la Moitié de la Figure du Criftal dj
i) eft comme b) un Oïïogone en forme de Lofange , qui n’aïant fait
que changer de Pofition, fe préfente autrement à la Vue.
En comparant tous ces Criftaux entr’eux, l’on eft tenté de croire que T Alun n’eft qu’ un Minéral compofé de Sel, de Vitriol, de Salpêtre &c. puis- qu’on trouve diftinétemcnt dans g) les Cnflaux du Sel , dans f) ceux du Salpêtre ;; & dans b) ceux du Vitriol verd. J’y aivûaufli Quantité de Criftaux du Vitriol blanc 5 comme l’Explication fuivante va le conftatex.
TABLE LVIII.
La Configuration de l’Alun.
Puisqu’il faut encore ua autre Savoir faire, pour effeéluer la Configu- ration de P Alun. j je m’en vai auftl le communiquer avec toute la Concifion poflible.
Il y entre bien l’Eau d 'Alun qui a fervi pour les Crifiaux ; mais quel» que faturée qu’elle foit encore d’ Alun , il faut pourtant la mettre fur une Plaque & la faire »chaufer fur de la Braife pas trop ardente, ou à la Chandelle ; afin de délier de nouveau les Crifiaux , qui fe font pofés au Fond. Enfuite on la laiffe refroidir, & procède avec une Goûte, ainfi que ai marqué touchant les Criftaux de i*Alun> D’ abord on ne voit que ta- peur; mais elle fe difiipe bientôt, & JailTe un Ciel clair avec quantité de grands & de petits points étoilés ; ce qui fait un Effet charmant, fur tout confidéré de Nuit à la Chandelle.
Mais une Goûte ne fe configure pas comme P autre. Tantôt c’eft Y Edifice de Perches , e) tantôt les Raïons, a) tantôt le Quadre criftalifè b, B.) & tantôt les points étoilés c.
Cependant les Etoiles a Queue f, le g) font toujours les dernières
Appa-
*4
TABLE LIX. Un peu d’Ecaiüe de Merluche.
i
Apparitions. Il faut bien de la Patience pour faire cet Expérimenta inais un Amateur n’aura par certainement Regret à fa Peine.
J’ai choifi pour cette Eflampe, entre tant d’autres, la plus belle Képréfentation , pour la defliner, dans laquelle les Raïons a) fe produi- firent fubitement J puis elle forma dans B.) un Couple de Crijtaux de Fïrtiol blanc & de Sel ; enfuite dans b) le demi Quadre d’une Infinité de petits Criftaux d'Alun\ Enfin vinrent les Points radieux c).
A ces Changemens fucceda la Configuration , dont les Figures denteüée s relfembloient au Sel ammoniac & à celui de Vitriol verd ; après cela il parût fubitement des Chevrons longs , les uns allant horifontalement de droit à gauche, les autres perpendiculairement de haut en bas jusques au delfous du Milieu du Cercle, & formèrent enfin une Paroi de chevrons brifés , que le plus habile Artifan n’auroit pû mieux conftruire.
Dèsque cette Paroi fut en ordre, il fe forma d'abord des Etoiles , f) des points radieux & enfin les Figures reifemblantà des Comètes gjéesquel* les finirent toute l’Operation.
TABLE LIX.
Une petite Ecaille de Merluche.
Quel vil Objet que cette Ecaille hors du Microfcope! Voiés la dans a) de Grandeur naturelle. Mais avec quel Eclat ne fe préfente- t-elle pas dans le Microfcope à l’Oeil attentif! Voie's b.) Que de Beau- tés, quel Ordre dans ce petit Volume ! Preuve authentique de la Sa- geife infinie du Toutpuifiant* Comme fil ne fuffifoit point à fa Bonté d’avoir couvert tout le Corps de ce poilfon d’une Infinité à'EcaiÜes ; il a voulu décorer chaque Ecaille en particulier de je ne fais combien d’ Ecujfons. Ici l’Ouvrage fait l’Eloge du Maître, & l’on peut dire avec Syrac: Il faüoit un grand Maître pour faire tout cela . Qudn confidère le Nombre des Ecailles d’une feule Merluche, lequel va bien au delà de Cent
Mil-
TABLE LX. Une petite Goûte de Lait de Carpe. zj
Mille ; qu’on ajoute l’Art avec lequel une feule eft travaillée; qu’on reflêchifie fur la Quantité étonnante de cette feule Elpèce de Poiffon, dont on charge des Flottes entières feulement à Terre-neuve, & qu'on re- monte enfin à la Main qui a tout fait & qui crée encore tous les Jours, & l’on ne pourra s’empêcher de reconnoître audefius de nous quel- que Chofe de fi Grand, qu’il mérité à jufte Titre la plus profonde Vé- nération & l’Amour de toutes fes Créatures. Je finis par l’Aveu in- génu que je fais, que les Amateurs découvriront par la Voie du Micro- feope, infiniment plus de Beautés dans l ‘Ecaille même, que la Main de l’Artifte quelque favantc qu’elle foit n’en fauroit graver fur une Planche ♦
TABLE LX,
Une petite Goûte de Lait de Carpe.
’on me fit un Jour Préfent d’ une belle Carpe, que je fis d’abord
I j vuider en ma préfence, afin d’en tirer un peu de la Laite, pour P examiner avec le Microfcope. Au Commencement je n’apperçus que des Obiets confus avec quelque Mouvement t mais point de Corps. Puis en examinant une autre Goûte fraîche dans un plus haut Degré de GroJJijJèment, j’y aperçus des Millions de Créatures vivantes, formées en Oeufs , & qui marquoient un Mouvement libre. Quelque tems après, je me remis à cet Experiment en Préfence de quelques uns de mes Amis, & nous apperçumes ces Animacules petits au delà" de toute Expres- fion, d’une Manière fi diftinéle, qu’elle ne nous lai/fa plus aucun Doute fur leur Fie . Il faut cependant, que j’obferve en palfant, que l’on ne trouvera point ces immaculés dans le Lait d’une Carpe male , qui péfera moins de z. Livres.
C’eft un des Experimens le plus agréables en ce que, l’Examen fini, l’on peut fe mettre à Table, fe faire fervir la Carpe bien alTaifon- née, la manger & l’accompagner d’un bon Verre de Vin»
D
Mais
i6 TABLE LX. Uiï petite Goutte de Lait de Carpe.
Mais pour venir à l’Experiment même ; je n’ai rien vû à travers les Nro 5. 4. 2c 5. Avec Nro 2, j’ai apperçu quelques Mouvement de certains Corpufcules clairs & de Figure ronde. Et avec les Nro 1. & o. j’ai dé- couvert enfin les Animalcules & leur Mouvement libre.
Or voici comment il s’ y faut prendre pour imiter cet Experi* ment avec facilité.
L’on prend d’abord une Carpe Laite'e, ou mâle; On l’ouvre le long du Ventre, depuis la Tête jusqu’ à la Queue, en la tenant renverfée fur le Dos. L’on en tire la Laite, que l’on fépare du Refie des Entrailles, & l’on en met ce qu’on juge à propos dans une TafTenette.
La Laite de la Carpe eft à la Vérité' couverte d’ une petite Membrane^ qui la contient, comme celle de Y Ovaire ; mais il n’eft pas befoin de la lever. 11 n* a qu’ à y faire un trou avec un Tuïau de Plume non taillée, ou avec le Bout du petit Doigt, Il fort de ce Trou une Liqueur blan* che & flluide, qui coule dans la TafTe & que je prends pour la Sperme de la Carpe. L’on en met à peu près de la GrolTeur d’une Lentille fur le Porte-Objet , & on l’examine par les Nro 1. ou o. les CrofTiffemens moin- dres ne fuffifant pas, afnfi que j’ai infinué, à voir vivre ces petits Ani- maux. Mais Nro o. en fera obferver une Infinité qui fourmillent en- femble. Que fi l’on délie avec de l’Eau cette Alajjè étant fur le Verre., on en apperçoit des Individus , qui fe iéparent de la Troupe, &: cui fe meuvent par des Marches en Rond, en Lignes fpimles , droites, obliques & ■tortueufes; ainfi que je les ai fait graver fur cette 6orre Eflampe tout au tour de la Majje.
Quant aux Obfervations que j’ai faites fur les petits Animaux /permet- tiques, je renvoie le Lecleur à Deux Pièces , que j’en ai publiées*. Jon- fion , Blaife, Rondelet, Ruijcb & Petit ont donné aulTi des Hifloires de la
Carpe,
* 1. OMcrvstioîis phifiques fur les petits Animaux Spermatiques, faites avec les
meilleurs Microfcopes p. M F. L. 1 7fd.
2 EfTai d'une fnlide Apologie des Animaux Spermatiques Nuremberg 1758.
NB. Ces deux Titres font traduits de d Allemand.
TABLE LXI. Un peu de l’Ovaire d’une Carpe. x'ç
Carpe. La Récenfion des Ecrits du dernier Te trouvé dans le Commerce littéraire * où j’ ai trouvé la Defcription fuivante de la Laite de ce Poijjbn: „ C eft une partie de la Carpe mâle, confiftant en deux parties inégales , qui „ font les Tefticules, oh la Semence eft Séparée **.
Je pourrai avec le Tems Toucher, encore quelque chofe des Animal- cules Spermatiques , & répondre à quelques nouvelles Objeélions.
La Semence de la Carpe Ce préfentc ici a) de Grandeur naturelle, & b) bien grofîie par Nro o.
TABLE LXI.
Un peu de l’Ovaire d’une Carpe.
Peut être Perfonne n’a jamais tant aimé à voir faire des Experimens fur les Poiffons , que ma Femme. A’ peine y- avoit- il deux Jours que j’avois fait celui delà Laite de Carpe ; qu’elle vint me demander, d'un air qui fentoit fon Envie d’en manger, s’il ne me faudroit pas bientôt quelque Poijfon pour mes Obfervations Microfcopiques. Comme je n’ avois fait encore aucun Fffai fur la Carpe femelle ; je ne fus pas fâché de faire d’une Pierre deux Coups, en fatisfaifant d’un côté l’Apetit de mon Epoufe & de l’autre ma Curiofité. Je lui répondis donc, qu’oui & que la dernière aïant été une Carpe laitée , j’en voudrois aujourd’hui une Oeu~ vée. Celle ci fut ouverte comme la précédente, j’en tirai l’Ovaire, & après en avoir mis peut-être la Centième partie fur une Afîiette propre, j’abandonnai tout le Refte à ma petite Moitié, qui m’en fît un fouper déli- cieux, pendant que je m’occupai à examiner foigneufement les Oeufs de cette Carpe. Il n’y - a qu’ à prendre de cet Ovaire de la Groffeur d’une Lentille , le mettre fur un Porte-Objet fimple, le regarder par Nro f. & l’on verra déjà parce Grcffifîement modique, Quantité de Globules d’un Jaune
D t pâle,
* Ann. 1739. Hebd.27. 28,29. 30. P.112. 221.227.238.
** La&es pars funt cyprini maris duobus conltans corporibus albis ad modum irregu- laribus, funt hæc eorpora tefticuli in quibus femen feparatur.
*8
TABLE LXI. Un peu de l’Ovaire d’ une Carpe,
pâle, dont la Figure revient à celle de l'Orange, & qui font conférves & enveloppés dans un Réfeau trelfé. Que fi on veut l’examiner dans ua, Grolîiffement plus confidérable, l’on trouvera ces Globules pleins de pe- tites Taches & le Rézeau doublement treffé 3 & je ne fais aucun doute, que ce: Experiment n’ait dequoi charmer les Yeux & l’Efprit. Car d’abord l’on reconnoît la Providence du Créateur, qui en enfermant ces Oeufs dans une Enveloppe en Forme de Rézeau, a tant de Soin de les fi bien rejoindre, qu’ils n’en peuvent fortir avant le tems, & ainfi fe gâter. Enfuite mon Efprit admire les foins qu’a pour nousle Créateur de tou- tes chofes, dans cette Quantité incroïable d’Oeufs. Tel Erochei en a paf- fé 2000. dans fon Ovaire . Et Mr. le Profeffeur Hannovv de Danzig * décrit dans fes Curiofués certains Ovaires de PoilTons, & fur tout d’une groife Carpe, qui contenoit 1036800. Oeufs. L’on peut voir un plus grand Nombre d’Experimens , fur la Quantité des Oeufs de la Carpe, dans le Commerce littéraire de l'Année 1739. Semaine 29, pag. 217. Quelle Bénédiction du Créateur envers les Hommes ! Cette Obfervation de Mr. le Prof. Hannow eB: trop belle, pour ne pas regaler le Lecteur de quelque Morceau remarquable, qu’il ne fera pas fâché de lire. Voici fes propres Termes :
„ Suppolé, que la Carpe ne fraïe pas fon Ovaire tout d’ un Coup, & qu* ,, elle n’en lâche tous les Ans qu’une Partie, quelle Quantité d’ Alevins „ nefortira-t- il pas d’une Carpe ? Une feule pourroit peupler Cent „ Etangs, chacun de 9. à 10000. Carpes. Que fi l’Ovaire n’êtoit que „ pour une Fraie & pour un An, cela feroit dans Dix ans 9. à 10. Mil- j* lions.
„ Mais fuppofé encore, qu’il n’en vînt à bien que la Centième Par-
îj t,ei
* Ctt'ioütés naturelles & œeonomiques de Mr. Jean Daniel Titius , Profefleur ordi- naire en Philofophie 8c en Mathématiques , 8c Palatin de la Cour Impériale à l’LInî verfité de Wittenberg, T I. p. 607.
NB. Ce Titre eü traduit de F Allemand.
TABLE LXI. Ün peu de l’Ovaire d’ne Carpe, 25
„ tie ; il ne laifleroit pas d’ y-avoir un Gain très Confiderable à faire „ fur une Carpe mâle & une Femelle ; qu’on les Achetât l’une & l’autre „ i.fl. & que la Fraie s’en vendît au Bout de 3. Ans à 9. Gros la pièce , „ l’on pourroit, fans Ufurc illicite, gagner dans 1’ Efpace de 10 à 13» „ Ans, par ces deux Poilfons dans les prémier Cas, qui feroit le moin- „ dre 2799. fl. dans l’antre 3110. à la troifième Fraie 29990. & à la - ,, quatrième 3110. fl. Mais pour cela il faudroit bien purger l’Etang „ au Frai de tout ce qui dévore le Poiflon, tel que les Brochets , les „ Perches &c. & tâcher d’ y introduire bonne Nourriture.
‘ . Il cft fur que les Ecrevijfes ont tous les Ans leur Ovaire nouveau, qui leur vient fous la Queue ; mais lorsque celle-ci en eft pleine, l’on n’en trouve aucune Trace en Dedans ; & une Ecrevifle a 120. 130, jusqu’ à i$o. Oeufs & même davantage,
Leewenhoeck foutient, qu’un Eturgeon renferme plus de Poiflbns, qu’ il n’y a d’ Hommes dans le Monde *.
Toutes ces Confidérations ne peuvent que remplir la Cre'ature rai- fonnable de Sentimens d’Aétions de Grâces, d’Amour, de Confiance & de Vénération pour l’Etre fuprème. Pour moi, tout ce que j’ai encore à dire au Sujet de cette Eftampe , c’ efl: que dans a) l’ on voit le Morceau d 'Ovaire, qui a été examiné de Grofleur naturelle ; dans b) leRéfeauqui le renferme ; dans c) les Oeufs enveloppés, groflïs par Nro 3. dans d) un de ces Oeufs crévé , & dans e) la Liqueur fluide , compofée de Globules comme le Sang ou le Lait .
TABLE LXII.
Etincelles de Feu tirées de l’Acier.
Il paroît d’abord ridicule, qu’on entende parler d’examiner des Etincelles par le Microfcope, Il-y-a même bien des Gens qui regardent com-
3 me
* Arcan. Nat. Ep ad Grew, T, 2. p. 8
30 TABLE LXII, Etincelles de Feu tirées de l'Acier.
me paradoxe la Poffibilité d’ obferver à travers un Verre une Etincelle qui part & qui fe diffipe comme un Eclair.
Cependant bien loin que le Fait foit impoffible, il efl même très aifé de voir groffir des Etincelles , de les enfermer entre les deux Ferres du Porte-Objet , & de les y conferver, pour fes recherches quotidiennes. En voici le Secret, qui efl bien peu de Chofe:
L’on prend deux bon Morceaux de bon Acier; plus ils feront fins, plus ils rendront les Etincelles belles & brillantes. L’on met fur la Table une Feuille de Papier blanc, dont on replie les Bords, de peur que les Etincelles n’en tombent ; puis l’on prend les deux Pièces d’Acier, qui peuvent être de bons Couteaux joints enfemble, des Limes, des Fufils &c. & l’on bat à bon Comte du Feu fur ce Papier. Il- y a du Plaifr à voir familier ces Etincelles luifantes ; mais dans l’ Inflant l’on n’ apperçoit au Lieu d’Etinelles, que de petits Points noirs , plus menus que la Poulîière* L’on examine cette PouJJière par le Microfcope compofé ; car elle n’effc pas transparente ; On peut la mettre auffi fur la Table du Microfcope univerfel, ou de Mufchenbrock, de même que dans le Plateau du Microf- cope en forme de Compas félon que l’Amateur pratique efl fourni de ces Inftrumens j & i’On fera furpris de la Diverfité des Figures, qui fe pré- fenteront à l’Oeil armé. 11 efl impoffible d’en copier les Couleurs. Le Bleu d' Acier, le Rouge & P Argenté en font les Principales j les autres don- nent dans un Efpéce de Bronzé approchant du Bismuth - colombin. J’ai ap- perçu parmi des Bouquets de Muguets, dont les Fleurs n’étoient pas encore éclofcs.
L’on y trouve quantité de Boules d’ Acier & d' Argent grandes &: peti- tes, & les autres fe peuvent mieux voir, que décrire. Les Etincelles, que voici , aïant été tireés de l’Acier & de la Pierre à Feu ; cette 62me Eflampe montre dans a) les Parcelles qui ont éclaté de la Pierre ; dans b) diverfes Etincelles qui refTemblent à de f Acier fondu, & dans c) la Crof- feur naturelle de ces Etincelles, que j’ai fidèlement delfinées, d’après les
diver-
TABLE LXII. Etincelles de Feu tirées de l’Acier.
«Hvcrfes Obfcrvations , que Mr. 1* Entrepreneur & moi en avons fai- tes.
D’ où vient que ces Particules d’ Acier étoient d’abord de feu ? c’eft ce que nul Amateur de la Phifique n’ignore. C’ell: une vérité reçue depuis long-tems, qu’il- y-a du Feu renfermé dans toutes les Matières du Monde, qu’on voudra foumettre à l’Epreuve- De là vient auffi que le Ter , Acier, le Cuivre, l'Etain & le Plomb fe biffent aplattir & alongcr, ce qui ne fe pourroit faire fans le Secours du Feu , qui eft renfermé dans ces Métaux * Qu’il-y-a du Feu dans l’Homme meme ; c’ eff ce que /’ Electri- cité nous prouve par une Infinité d’Experimens. Differens Artiftes & Gens de profeffion, nous montrent aufîx tous les Jours, en travaillant au Tour ou à la Lime , que la Friétion de deux Corps durs produit du Feu. La Nature a elle même appris aux Peuples les plus fauvages cette Ma- nière d’ en avoir ; car ils prennent deux pièces de Bois & les frottent l’une contre l’auttre, jusqu à ce qu’elles s’alument. Et nôtre Manière de battre du Feu ne diffère guères de la leur. Nous prenons deux Piè- ces d’Acier, ou une Pièce d’Acier & une Pierre, nous les battons & nous en tirons des Etincelles, qui alument notre Mèche ou nôtre Amadou. Si quelcun doute encore que ces particules d’Acier foient de véritables Etincelles produites par une Friïïion forte ; il n’a qu’à prendre un Morceau d' Antimoine & le faire fondre avec deux fois autant de Fer ; puis atta- cher cette Malle à l’Eftoc, & paffer deffus une forte Lime neuve ; alors il verra la Table innondée d’un Déluge d' Etincelles qui fortiront d’entre la Lime & Ylfloc ; lesquelles alumeront même le Papier. Le Curieux
d’Expe-
♦ Quelque inconîeftablc que foit tout ceci ; il-y-a cependant on Savant Rufle nomme' Lomonofow qui a combattu cette Vérité dans une Differtation qui a été publiée dans le Tome I. Novjsrum Comentariarum Academies Sri en t i a ni m Petropolitance pag. 206. feqq. ou Mais Mr. Arnold Frofeflfeur à Erlang F a réfuté par un Ou- vrage aufïifavant que folide. intitulé:
Exercit. Phific. de Calore metu particularum corporis eoque rotatorio circa axes ncutiquam explicando. Erlang* 1754,
3 * TABLE LXIII. Une Punaife qui ne fait que d’éclore.
d’Experimens de cette Nature, peut confuiter *. Nollet , ** Mufçben- brock , *** Boerhave & tant d’ autres.
TABLE LXIII.
Une Punaife qui ne fait que d’éclore.
Il -y- a plufieurs Raifons, qui m'ont porté à préfenter encore une Fois cet Infede au Ledeur ; Prémièrement parce que je Pavois promis dans la LIIme Table ; en fécond Lieu, parce que j’ai crû ne lui rien pré- fenter de trop commun, en lui deflinant une jeune Punaife avec l’Oeuf d’ou elle vient de fortir, foit pour fes Couleurs , foit pour fon aiguillon & pour d’autres Obfervations qui s’y rapportent. Je m’acquite donc & allure, fondé en Expérience, que les Punaifes des deux Sexes font mu» nies d’Aiguillons , alîés difîciles à découvrir, étant toûjurs couchés le long de la Poitrine, & qu’il faut mettre la Punaife fur le Dos , pour le Voir, car au prémier Coup d’Oeil, je l’ai pris moi meme plufieurs Fois pour une Partie de la Jambe,
Il faut certainement un grand Fond de Patience, une Vue bien fine & une Main bien lefte, pour couper cette Partie, entièrement impercep- tible à l’Oeil nudy afin de la pouvoir mettre dans un Porte-Objet & de l’examiner.
Ce Delfein-çi eft fait d’après une Punaife , qui n etoit édofe que 3, heures auparavant.
Parmi bon Nombre de Vieilles & jeunes Punaifes, que m’envoïa un Homme, dont la Maifon en eft toute empêtrée, & que je mis dans un Verre ; il fe trouva par Bonheur tout un Nid d' Oeufs de Punaifes. Je le mis d’abord fous 1 1 Verre Oeconomique , & je le vis compofé de Particules de Paille & de Plume , entre lesquelles les petits Oeufs blancs êtoient com- me gardés.
Le
* Leçons de Phyf. experimcnt. T. 4. P. ij8. Amft. 1749.
** Traité de Phylîque par Mufchenbroclc T.l. C« 2<5, If. 2i6, Edit.in4._Leyden 173p.
*** Traité de la Chimie.
33
TABLE LXI1I. Une Punaife qui n§ fait que d’ éclore.
Le Lendemain voulant encore vifiter ce Nid, j’y appercus quelque petit Mouvement , puis en regardant de plus près, je vis un Oeuf , qui s’ouvroit par en haut , & qui laiffoit pendre derrière lui un Couvercle rond, ce qui relTembloit à une Cruche couchée, dont le Couvercle feroit ouvert. Ce Couvercle levé à la Pointe de l'Oeuf \ je découvris au(Ti*tôt un petit Point blanc, qui Grouilîoit & qui fortoit de ce Sachèt, au lieu que je m’ attendois à un Fer brun. Quelques Minutes après ce Point fe développa, il étendit une 7 été, des Jambes, & fe mit enfin à marcher aufii vite, que la plus grolTe Punaife .
Cet Animalcule ne garde fa Blancheur qu’environ i. ou 3. Jours, puis il jaunit, & prend infenfiblement la Couleur des Vieilles Punaife
Je n’ai pas encore pu découvrir leur Manière de s’apparier ou de fe féconder ; mais il efi facile de diftinguer leur Sexe.
Au refie rien de plus aifé que d’avoir de jeunes Punaifes , quand on en veut. Il n’y-a qu’à en mettre une demi Douzaine de Vieilles fous un Verre Oeconomique, & les y lailfer un Couple de Jours & puis en les vifitant , l’on trouvera au Fond Nombre de petits Points de Couleur d’ Argent & faits en Sacs ; ce font là les Oeufs de Punaife s, lefquels éciofent au Bout de 3 à 4 Jours,
Explication de l’ Eftampe.
a) efi la jeune Punaife de grolfeur naturelle,
b) la même, grofiie parNrof, où l’on voit
c) la Mâchoire en forme de Pinces ;d) ï Aiguillon à 3, Jointures, qui
y tient & qui efi couché fur la Poitrine 3
e) les deux Teux fertans comme ceux de l’EcreviiTe & faits en
Grappe ;
f) les Antênes avec leurs 4, Jointures ; g') les €. Pies qui ont auffi
chacun 4. Jointures , & qui tiennent tous aux deux Côtés de la
Poitrine j
h) le
E
34 TAB. LXIV, & LXV. La Graine du Sapin rouge & la Chenille,
h) le Nid avec les Oeufs, un peu au delà de la Grandeur naturelle 3 i) un Oeuf d’après Nature ;
k) le même fort groffi & avec V Ordure qui y tient. 1) La Partie naturelle de la Femelle , ou le Bas du Corps 3 m) le Membre viril ou le Derrière du Male ; l’un & 1’ autre examiné fur de Vi- eilles Punaifes & grolli par Wro 3. n) Aiguillon au naturel; o) groffi par Nro 1. où l’on remarque les deux $ucfoirs , qui le traverfent, & le Poil dont il eft garni.
TABLES LXÏV. & LXV.
La Graine du Sapin-rouge & la Chenille, qui la dé- truit , avec fa Métamorphofe en Tigne.
Cette Obfervation a été occafionnée par la Queftion fuivante , que T on m’ a faite :
„ Sil’onferoit bien en Etat de découvrir, par le Microfcope, dans 5, la Graine du Sapin & du Pin quelques Traces de l’Arbre qui en î5 doit naître ?
Sur ce que la Réponfe que je fs, marquoit beaucoup de Doute, je fus exhorté à examiner moi-même cette Graine ^ & en même tems l’on m’en envoïa une petite Provifion. Mais à peine en eus-je mis quelques unes fous le Verre O economique , qu’en y jettant feulement les Yeux, j’ap- perçus, que prefque tous les Grains en êtoient rongés des Vers en bas vers le Germe ; ainfi que je fai montré entre autres dans k) & m) de la Tab. LXIV.
Quelque temps après un foonête homme de Forêtier eut la bonté de me procurer quantité de Pommes de Sapin tout fraîchement ramaffiées dans le Bois. 11 fe plaignit en même Tems de ce qu’il n’y - avoit pref- que pas une de ces Pommes , où l’on ne trouvât des Chenilles , des Vers ou des lignes 3 & pour Preuve il en fendit piufieurs en ligne perpendicu- laire
j
y
qui la détruit, avec fa Métamorphofe en Tigne. 35-
laire de haut en bas; & de Cinq, il «e s’en trouva qu’une qui n’eût point de Chenille & qui fût bonne.
J’ai fait graver fur cette 6411e Efcampe a) une Pomme de Sapin par de- hors, & b) par dedans de Grandeur & Figure naturelle, & pour la Li- aifon, je m’en vai donner tout de fuite l’Explication des Figures & des Lettres de cette Table, en me reTervant de mettre à la Fin le Refie de cette Matière,
a) Répréfente donc la Pomme de Sapin au naturel, avec fes Ecailles ex-
térieures & quelques Feuilles;
b) la même confidérée par dedans , laquelle répréfente dans c) la
Moille brune ou 1‘ Axe autour duquel les Vaiffeaux à Graine &c les Ecailles étoient plantées.
d) efl un Vuide, dans lequel avoit été une Chenille.
e) marque un Trou, que s’efl fait une Chenille pour parvenir à un
Grain de Semence t qui étoit auprès ; f) efl un Tiffu en Forme de Sachèt où fe tient la Chryfalide.
g) montre cette Envéloppe à Chryfalide ouverte, par où efl Sortie la Chryfalide devenue Tigne ; h) font 2, de ces Sachets deffêchés & gâtés.
i) en efl encore un, d’où fort le Derrière d’une Chryfalide. k) C efl la Partie antérieure d'un Grain de Semence entamé, avec fon Aile argentée ; 1) en efl la poflérieure ♦ m) efl un Grain de Semen- ce fans Aile ; n) efl non feulement une Ecaille telle, qu’elle pa. roît en dedans avec fes deux Grains de Semence ailés ; mais en- core avec le Trou au bas , par lequel la Chenille fe fait jour jus- qu’au Grain ; o) défigne une Ecaille par dehors.
p) efl une Copie exaéle de cette Chenille , vorace, répréfentée fous
deux Attitudes differentes,
q) en efl la Chryfalide , &
r) enfin la Tigne, qui en efl fortie.
E 2
3 6 TAB. LXV, La Graine du Sapin & la Chenille qui la détruit,
Après avoir répréfenté tout ce-ci d’après Nature dans cette Fftawpe, on va le voir
TABLE LXY,
dans tout Ton Grofiifiement.
a) & b) font les deux Parties d’un Grain de Semence de Sapin coupé en long, avec Ton Germe dans b), lequel il fe voit dans
c) groiTi par Nro 4. Mais comme la Structure de ce Germe en for- me de Rézeau , magnifique à voir par Nro i. , y prend un Grof- fiffcment qu’ on ne fauroit mettre en entier fur un Quart de Feuille'; je n'en ai répréfenté qu’une petite Partie d) Tout le Germe fe préfentant de la même Façon dans ledit Nro i. Quand le Germe eil frais & plein de Sève, ce Rézeau ne. fe rémarque pas fi facilement mais au Bout de quelques jours, qu’il eft deiTê* ché, l’on ne peut fe 1 aller d’en admirer la firucuire. Ce Germe a la Tête cour nnée de Cafés, qui reftemblent à un Oeillet parla Compreflion des deux Verres du Porte Objet. J’ai vu avec Ad- miration dans une Chambre obfcure ce Germe avoir Cinq Pies de haut à travers le Microfcope folaire Nro 3.
e) Eft la Chrjfalide & f) la Chenille, grofiies par Nro 4. Cette Chenille a la Tête dure comme de la Corne, les-Yeux rouge-brunâtres, comme ceux de la Mouche j la Mâchoire forte avec deux Pin- ces tranchantes. Sur le Devant vers la Tête, elle a 6. Pics crochus • &plus bas elle en a encore \i. plus larges & reiTem- blant à une Couronne émouffée. A l’Extrémité de la dernière jointure, elle a, pour fe prendre, un Crochet fort & recourbé en bas, & toute la Chenille efi; divifee en 12. Anneaux.
L’entière Métamorphofe s’en fit au Bout de 4. Semaines à compter du jour que je îa pris moi même d' une Pomme de Sapin & que je la mis dans un petit Verre à Confcrve, où je îa nourris_de reui!les & d’ Ecailles de cet Arbre, Elle vécut dix Jours d’Ecailies & de Feuilles, allant toujours
37
TABLE LXVI. avec fa Métamorphofe en Tigne;
»
en diminuant, de forte qu’à la Fin elle fe retira tellement, qu’elle n’avoit prefque plus Figure de Chenille ; le n, jour la Chryfalide fut toute for- me'e. D’abord elle étoit jaune puis elle devint d’un brun Châtain , en- fuite & furtout la Veille du Jour, qu’elle s’ou/rit , elle etoit noirâtre» Enfin au Dixfeptième Jour, la Chrysalide s’ouvrit fur le Devant, & il en fortit une Tigne à Raies noires & blanches, & luifante comme l’Argent, Après avoir repouffé la Coque vuide , elle deploïa peu à peu fes belles Aï1 es , elle étendit un Pié après l’autre , & dans un Quart d’ Heure elle fut à même de Voltiger dans le Verre, pour chercher fa Liberté & fe dérober à ma Curiofité, Je n’ai deffiné fur cette 6f Eflampe qu’une feule Jambe de cette Tigne par NTro 4. g) en montre la Grandeur naturelle ; & h) fon Groffiffement avec fes Plumes, J’y ai trouvé encore 4. P és particuliers, que j’ai pris pour des Crochèts, par le Moïen defquels la Tigne peut marcherfûrement par tout & même fur le Verre le plus uni.
Il auroit peut-être fuffî, d’avoir deffiné les Plumes de cette ligne avec fa Jambe. Mais quelques uns de mes illuilres Correfpondans m’ aïant témoigné quelque Doute fur la Poffibiîité de préparer des Verres, qui puiîent groffir les Plumes de la Tigne jusqu’ à 4. Pouces de haut, ainfi que jefavois affûré au Public dans les Recueils de Franconie , & dans mon Fjjai d'une folide Apologie des Animaux fpermatiques ; je me fuis vu obligé, fur tout aïant une Tigne entre les Mains, de reprendre cette Observation, & de donner fidèlement dans cette
TAELE LXVI.
les Plumes de ce petit Oifeau de Nuit, dont la GrofTeur naturelle fe voit Tab. LX1V. Fig. r. telles que je les ai vues par mon Microfcope de Streicler Nro o, o. au Leéteur pour en faire l’Objet de fes Récherches &: de fon Examen , en juflifiant en même tems mes Obfervations & la Force du petit Verre, dont je viens de parler. Le Le&eur aura donc la bonté d’ être affuré, que la Plume a) de cette Eftampe , quelque groffie qu’elle pa- rciffe , n’a cependant rien d’outré, & qu’elle eft telle que plufieurs de
E 3 mes
38 TABLE LXVI, La Graine du Sapin & Chenille que la détruit,
mes Amis & moi l’avons Vue & examinée par le Nro oo. queMr. le Can-
didat Streicber m’a fabriqué. Les deux Plumes b) c) qui font aux deux
Côtés, font du Dos de la Tigne & paffent les 4, Pouces ; je ne parle pas
ici du Microfcope folaire, mais du Manuel de IVilfon. Les petites Plumes
de diverfes Figures, dont la plupart tirent fuNr la Couleur de Cendre
& fur le brun , font prifes du Deifous de l’Aile fupérieure , ou de
Pinférieure, ou du Ventre, ou des Franges qui bordent l’Aîle fupé-
rieure, & ont été marquées d) e) f) g) h) i)k) 1) & m). Il eft plus
/
a i Té de les voir & de les admirer, qu’il ne l’efl de les peindre & de les décrire. Ce que l’on peut difcerner, c’eft que les principales Couleurs de cette Tigne font le rouge, le violet, l’argent, le brun de Paille, & que ce n’efl qu’à la Vue qu’elles fe préfentent tantôt plus foncées, tantôt plus claires. Ces Plumes font difpofées en Ordre prismatique dans les Ailes fupérieures & aux Fiés ; c’efl ce qui fait, que l’Oeil nud les trouve noi- res & Couleur d’Argent, comme dans le Papillon changeant ♦
Du refie, je puis affûter avec Certitude à qui douteroit encore du Groffiifement de ces Objets, & de la bonté du Verre , que la Tigne , le plus petit des Oifeaux de Nuit, efl celui qui aies plumes les plus longues; & que les Verres de Mr. Streicberoo. rendent très fenfibles à la Vue non feulement les Raies en long, mais aufii celles de Traverfe (Strias & contra Strias ) des Plumes de Quantité d’autres Papillons, dont je me propoTe de donner encore quelques Preuves avec la Permifiion des Amateurs.
L’Explication de ces trois Efiatnpes étant donc finie, je m’émanci- pe'de faire fur la Graine & le Fruit du sapin , rouge & blanc quelques Ré- marques, qui pourraient échaper à bien des Gens, qui Vont le plus fouvent da,ns les Forêts. Nous allons nous promener dans les Bois pour confidérer la Beauté des Arbres , qui les compofent ; & bien fouvent nous n’ en favons pas faire la Différence. Nous en avons par Exem- ple ici près dans nos Forêts de Nuremberg, plufieurs Sortes,
qui
I
39
TABLE LXVI. avec fa Me'tamorphofe enTigne,
qui ont de laRelfemblence entre eux pour la Feuille ,-mais qui fe diftinguent parfaitement par les Marques Caraélériftiques de leur Ejpece , il y- a, p, c.
1. la Sapin rouge, puis
2. le Sapin blanc ; l’un & l’autre s’appellent en latin Abies
3. le Pin, en Latin Pinus &
4. la Méléfe, en Latin Larix.
La Sapin rouge fe diftinque du Blanc principalement par fon Fruit. Celui du Rouge pend fous le Rameau la Tête en bas ; H: Blanc au con- traire porte le Sien fur le Rameau, la l ête en haut, comme font les Cè- dres du Liban. T)e là vient auffi que tant d’habile Botaniftes ont mis dans la ClafTe des Sapins ( Abies ) ces fameux ledrcs fi vantés dans la Sain- te Ecriture»
Le Chevalier Lintueus, célèbre Naturalise Suédois, a voulu abolir le Nom de Cedre , & appeller tous les Arbres de cette Efpèce, dont les Feuilles fe relfembloient , d’abord du Nom à' Abies & enfuite de celui de Pinus *. Les Anciens même ontfait au Genévrier l’Honneur dele mettre dans la ClaiTe des Cedres & de l’ appeller Cedrus bacciftra. Matthiolus même, en travaillant fur Diofcorides , ne lui a pas donné d’autre Nom. Mais nôtre illuftre Confeiller Trew , qui s’eft rendu fi célébré dans le Régné des Plantes & qui en a fi bien mérité par fes excellens Ouvrages de Botanique n’eft point du tout pour cette Diilribution 5 & il a prouvé dans un Traité plein d’ Erudition **, qu’il étoit plus incommode quJ
utile
* De Gen pl. Edit. ÏI. n. 917. & Edit. V. n. iooj. Spee. p3. 1039. feqq n, 2. 3. 9,
** 1r novis Aâis Acad. Cæf. Nat. Curiof. T. I. An. 1757. Obf. CI. p. 409. Dn. D, Chr. Jae. Trcw, Cara&eves Cedri Muntis Liban! eum iliis Laricis abjetispini- que comparât.
Ce Traité a paru à part intitulé : Cedrorum Libani Hiftor. earumque Carasfîer bo= tanicus cum ilio Laricis, abjetis pin. compar. acceeüt brev, Difquiiît, an hsc
arbq^r
40 TABLE LXVT, La Graine du Sapin & la Chenille qui le détruit,
utile aux Savans, de donner un Seul Nom à tant d’ Efpèces différentes d’Arbres & d’Arbriffeaux , & de les confondre dans une Claffe, étant aulîi facile qu’il l’eft, de trouver & de reconnoître le Caractère diflin- £tif de chaque Efpèce, clés qu’on veut bien fe donner la peine de le cher- cher. Ce Naturalise infatigable n’a épargné ni Soins, ni Peine, ni Appli- cation, pour exaétement examiner, diffe'quer & décrire, foit l’Oeil nud, foit à l’Aide des meilleurs Microfcopes, toutes les Parties des Arbres qui ont quelque Rapport entre eux ; c’eft à dire du Cedre, des deux fortes de Sapin, du Pin & delà Méléfe, de leurs Fleurs, Fruits & Feuillles ; pour faire peindre fes Découvertes d’après nature par d’habiles Peintres, & pour enfuite les faire graver en Taille-douce. Ainfi qu’on peut voir dans fon Hifioria Cedrorum <kc .
Autant que les deux Efpèces de Sapin fe diflinguent, par leur Fruit, qui a la Tête en bas ou en haut ; Audi facile eft-il de diftinguer le Fruit du Pin d’avec celui de la Méléfe ; celui-là aïant les Pommes plus greffes & plus fortes, que celle-ci , 8c même erï examinant attentivement les Feuilles de tous ces Arbres ; l’on y trouvera des Caractères diffinétifs, au Ai bien que dans leur Fruit. Mais pour abréger, je renvoie le Leéleur a 1’ Hifioria Cedrorum de ci-deffus & à fes Eftampes , où tout cela fe voit très clairement démontré»
Cependant tous ces Arbres ont, chacun dans fon Efpéce , leurs Vers , qui leur nuifent , en vivant de leur Sève & de leur Graine. Je n' entends pas parler ici des Chenilles des Bois & des Oifeaux de Nuit, que Mr. RœjJd de Rofmhof a décrits j car ceux-ci fe trouvent dans le Bois ou dans le Tronc des Arbres, ou même dans les Noeuds de poix de Réfine, qu’on voit fouvent aux Rameaux du Fin. Je ne parle que de cette Efpèce de petites Chenilles & Lignes qui fe tiennent uniquement dans
la
arbor in facro Codice præ omnibus celebrata & vel Aeres vel Berofch difta itemque an Græcis Botanicis fucrit cognita ? cum Tab. a?n, Noriœp, Impenf, 'Wolf. Schwarzkopfii 1757.
TABLE LXVI. avec fa Métamorphofe en Tigne. 4*'
la Graine & dans leFruit de ces Arbres. Car en ouvrant une Pomme de Sapin endommagée parle Fer, j’y trouverai la Chenille , que j’ai marquée Fig. b) Tab. 64. & de là la Tigne V. Que lî au contraire j’ouvre des Crains de la Semence du Pin , j’y trouve toujours au Lieu de Chenilles , de petits fers comme dans les Pommes, qui ne *e changenFpas en Tignes mais plutôt en Moucherons bruns, que je pourrai donner dans la fuite.
Il me refie à répondre à une Objeélion, qui naît naturellement de cette Cbfervation ; c’efl, comment eft-ce que ces Chenilles & ces Tignes peuvent entrer dans la Moille d'un Fruit fi dur & fi femblable au Bois ? Je m’en vai en dire mon Avis, que je ne donne pas pour infaillible. Je conje- élure, que la Tigne ou le Moucheron fait ou avec fon Aiguillon, ou avec fes Dens, un Trou dans ce Fruit, pendant qu’il eft iencore jeune & ten- dre, & qu’il y fait fes Oeufs , La petite Chenille fort de la Coque, lorsque le Fruit commence à meurir , & pénétre tout en mangeant fucceffive- ment jusqu’à la Mode ou à la Graine ; où elle fe transforme en Chryfalide,
& y demeure, jusqu’ à ce que la Tigne fort par le même Trou , que la Chenille étoit entrée. Et de là il fera aifé de conclure, que ce fera toû. jours Soins, Peine, Travail, & Depenfes perdues, que de vouloir pur- ger les Forêts des Infectes grands ou petits.
Avec tout cela le Mal que font ces Créatures, auxquelles le Créa- teur a donné les Bois pour Demeure, & les Arbres avec leur Fruit pour Nourriture, n’eft pas fi confidérable. Il refte toujours autant de Graine qu’il en faut pour perpétuer les Forêts, comme nous voïons fe perpétuer les Créatures vivantes, Oifeaux, Poifîbns , Bêtes à quatre Piés. Outre cela les Infeéles ne manquent pas d’ Ennemis, qui leur tendent des Embûches & qui les éclairciffent. Sans parler ici de la . Chaleur, de la Sêcherefle & du Froid, qui en font périr les Oeufs;
V Hirondelle, le Pic , le Pinçon , la Mefange , le Grosbec , la BecalTe & tant d’au- tres Oifeaux, qui mahgent les Infeéles, font les meilleurs Médecins contre les Confins , les Tignes, les Moucherons , les Papillons , les Chenilles , les Friions, les Hannetons &c. C’ cft ainfi que le Petit & le Foible dl toujours
F la
41 TABLE LXVII. Les Polypes à Bras.
la Proie du Fort & du Puiffant. Le Brochet mange plufieurs fortes de petits Poiffons ; le Loup dévore l’Agneau, /’ Epervier le Pigeon ; & il ne feroit pas impoffible de pouffer cette Comparaifon jusqu’ à l’Homme; mais c’eft une Vérité trop généralement reconnue.
TABLE LXVIL
Les Polypes à B r a s.
Quoi des Polypes ici ? Leur Chapitre n’efl- il pas affés rebattu ? Voila ce que penferont certaines Gens à la Vûe de cette Eftampe ; car cette Créature a déjà fait le fujet de bien de Doéles Ecrits ; & ils n’ auront pas tout le Tort, Mais comme mes Obfervations font auffi re- cherchées par des Amateurs» dont les uns n’ont pas les Ouvrages coû- teux, qui en parlent, & d’autres n’entendent pas les Langu s favantes dans lefqiielles ces Ouvrages font écrits , & qui étant à même d’avoir des Polypes, feroient bien aifes de pouvoir s’en former quelque Idée ; je fais d’autant moins de Difficulté d’en donner ici quelques Efiampes & d' y joindre les Explications qui me paroiffent le plus intereffantes , fur le chapitre de ces étranges Créatures ; que j’en ai été affés fouvent re- quis : Je commencerai donc par rapporter fuccintement ce que les meilleurs Naturalises en ont écrit , & finirai par mes propres Experimens , Le Terme de Polype efl ccmpofé de deux Mots Grecs, ttoXu beau- coup & 7riL Fiés ; {Animal d plufieurs Fiés) parce qu’il a tant de Bras, qui lui fervent auffi de Fiés, j'aimerois mieux le nommer Polyphage ( Glou- ton) de croXy & c paystr ; comme il paroîtra , par la Défcription de fes propriétés ; mais paffe, je me hâte de faire Mention des principaux Ecrits, qui ont dépeint les Polypes de la Manière la plus juffe.
Déjà en 170?. L?eic:enhoeck & un Anonyme ont découvert & décrit quoi qu’ imparfaitement cet Animal Aquatique, a)
a) Tranfaft. philof. an, » 703, nuai. eg j^Art. IV. ScNum,.2S8, Art, I.
Le
43
T A15 L E LXV'II. Les Polypes â Bras.
Le Chevalier Folkes , Préfident de l’Academie Roïale de Londres & Mr, Backer, les ont jugé dignes d’un Examen particulier, b)
L’ immortel Mr. de Reaumur a entretenu un Commerce particulier de Lettres avec Mr, Tremblai au Sujet des Polypes , & il s’en eft même fait envoïer de Hollande en France par ce favant Ami : Rien de plus cu- rieux, que la Peinture que fait Mr. Tremblai dans fa Préface, de l’Irrefo. lution dans laquelle ont été ces deux Savans, pour favoir dans quelle Clajfe placer cette Créature ; c) jusqu’ à ce que Mr. de Reaumur fe crut enfin en Droit de placer le Polype dans le Régné des Animaux . d)
Je rappelle ici un écrit très moderne, que le fameux Naturalise Mr. le Profefleur Titius a publié dans un Programe qu’il a fait diftribuer à la Mémoire de Philippe Melanchton, Sc qui contient un Syftéme nou- veau & commode pour la Clafiîfication du Régné des Animaux. Sui-‘ vant lequel l’on pourroit compter les Polypes , parmi les Animaux aqu- atiques à plufieurs Piés, à Caufe de leur Mouvement indéterminé. Scies appeller : Animal in âqua viuens , motu indeterminato vt Zoopbyta. e)
Après avoir fait bien des Experimens fur les Polypes & confulté les plus habiles Naturalises, Mr. Tremblai en compofa tout un in Quarto, dans lequel in communiqua fidèlement toutes les importantes Découvertes, qu’il avoit pû faire. Mais ce qui rehaufle de beaucoup le Prix &c la
Beauté de cet Ouvrage , ce font les magnifiques Eftampes , dont il eft
orné, & qui ont été gravées par une Main fi habile & fi excellente, qu’ on ne fauroit fans InjuRice lui refufer la dernière Admiration, C’efl celle de Monfieur l’Avocat Lyonet , dont la vafte Erudition , le Di- fcernement 8c l’Experience confommée dans les Connoifiances na-
F x turel-
b) Ibid. Num. 467 8c 46p.
c) Mémoires pour fervir à l’Hifiore d’un Genre de Polypes d’Eau duce, à bras en for-
me de Cornes, Par A. Tremblai de la Société Roïale à Leide 1744, in q.to.
d) Mémoires des Infedes Tom. 6. psg. 5 G de la Préface.
e) De divifione animalium generali, Wiuebergæ 1760,
44
TABLE LXVII. Les Polypes à Bras.
turelles font trop univerfellement reconnus , pour qu’ il Toit né- celîaire d’en parler ici. Il n‘ y - a en tout Cas, qu’ à citer la belle Tradu- élion francoife que Mr. Lyonet , a faite de la Théologie des Infetkes de Mr. le Profejfeur Lejfer , laquelle il a enrichie de très belles Remarques. Le Coup d’Efîai de ce fameux Avocat a été non feulement de deffiner les Polypes, mais encore de les graver en Taille-douces. Et bien qu’il n’eût jamais fait ce Métier, il réüflit fi bien dans cet Eflai d’Apprentif, qu’il y- a cent Maîtres, qui fe trouveroient bien empêchés, s’ils étoient obligés de le copier. L’on n’aura pas Regret de lire foi-même cette Anecdote vers la Fin de la Préface , qui eft à la Tête des Mémoires de Mr. Trem- blai. f)
Ce que Mr. le Cat, a répréfenté à l’Academie des Sciences de Rouen furies Polypes mérite fourtout d’être lû tant pour la Quantité & la Rare- té de fes belles Penfées & originales, que pour l’Efprit, le Goût & les nouvelles Découvertes, qui y régnent, g) Le Magazin univerfel contient une bonne Traduction de ceDifcours. h)
Mr. le Profeffeur Hannow en a aufîi beaucoup parlé dans fes Curïo- fités naturelles Oeconomiques. i)
I -
Et Mr. le Doét. Schaefer aujourd’hui Pafteur à Ratisbonne a donné dans divers Traités aiïes étendus , des Experimens très exaéts des Po- lypes% qui fe trouvent aux Environs de Ratisbonne. k)
Le Magazin de Hambourg fait auffi Mention de cet Infecte aquatique dans plufieurs de fes Tomes, 1) & le Magazin univerfel donne dans quel- ques
i) Mémoires des Polypes par À Tremblai 1744.
g) Mogazîn à Londres, janv. 1 ?S3. p. ï. 8c
h) Magazin tîniverfd. Part. 3. Nro L
NB. Ce dernier Titre eft traduit de P Allemande
i) Hanno1»- Curiofités naturelles 8c Oeconomiques, T. I, p. 637, ,
k ) les Polypes des Fleurs d’Eau douce.
îes Polypes à Bras verds l’un 8c l’autre in 4to à Ratisbonne 17; y,
'!)' Magasin de Hamb, Tom, 1. 3. 7. ï2, 8c 16.
\
TABLE LXVII. Les Polypes à Bras* 4;
qucs unes' de fes Parties de très agréables Traductions fur cette Matiè- re. m)
Mais le Livre aufïi beau qu’inftruélif, intitulé le Régné de la Nature des Moeurs , joint une morale très faine à la Defcription des Polypes, & fait voir comment un Homme raifonnable peut & doit examiner avec utilité cette Créature admirable, n)
Je palTe fous Silence plufieurs Journaux & Pièces volantes ; mais je n’oferois omettre un bel Ouvrage, qui mérite d’être placé ici avec Elo- ge* C’eft /’ Hifioire des Polypes , que feu Mi\ Roejfel de Rofenhof a inférée dans fes Amufemem fur les Infeûes , & qui l'emporte fur tous les autres , en ce qu’elle contient non feulement tous les Genres de Polypes ; mais fur- tout en ce qu’il les a peints en Couleur d’après Nature, & qu’il en a donné des DefcriptionS très claires, o)
Ce ci me rappelle avec bien du Plaifir le Jour, que feu Mr. Roejfel vit pour la première fois les Mémoires de Mr. Tremblai. Comme ils étoient écrits en François, il me fit appeller, pour les lui expliquer* Mr. Roejfel n’avoit jamais vu de Polypes ; c’eft pourquoi nous envoïames de concert quérir de l’Eau dans tous les Etangs & les RuiiTeaux voifins* Nous eûmes le Bonheur de trouver de ces Créatures. Nous nous mîmes aies examiner ; Mr. Tremblai fut confulté avec foin ; nous nous com- muniquâmes fidèlement nos Découvertes , lefquelles nous dellinames fur du papier & enfin nous fumes parfaitement convaincus, que Mr.
F 3 Trems*.
m) Magazîn univerfel Part. 3, Nro I. & Part. 9, Nro 19, p. 327.
n) Le Régné de la Nature St des Moeurs Part, î. Ch. 15. & dans les Parties Vivan-
tes, les Chapitres de ce qu’il y-a de remarquable dans les Infeûes.
NB. Ces fix Ouvrages font en Allemand.
») 72me Table du Suplement aux Àmufemens fur les Infefles , qui fe diihibuent par
Mois. Hiftoire des Polypes d’Eau douce.
L’Ouvrage ed aufli Allemand.
1
46 TAB. LXVIIÎ, V Infe&e qui fe trouve dans la Graine du Pin,
Tremblai étoit un Naturalise très fineère, qui non feulement eft entré dans les Details , & qui a écrit avec clarté ; mais qui a encore fidèle- ment communiqué aux Amateurs des Connoiffances naturelles, tous les Moïens dont il s’étoit fervi pour faire fes Obfervations.
Je finis par l’Explication de cette Eftampe, dans laquelle on verra a) un Verre blanc, rempli £ Eau limonneufe & de Lentilles de Marais , parmi iefquelles font les Polypes b) 5 devant ce Verre eft c) une petite Machine, qui fert à pêcher les Polypes, & les autres Animal- cules. Elle eft prife du Chap4 3. du Tom, 7. du Magazin de Hambourg . J’ en donnerai dans la Suite une de ma Façon, qui fera plus commode, d) eft la Loupe attachée aux Noix de Mu- fchenbrock c)* Elle peut être Nro 8* ou de deux Pouces.
e) Un Polype Verd avec des Petits.
f) Encore un debout, qui s’ eft retiré.
g) Un Polype brun , axant à fa Queue h) des Petits i) qui y pendent.
k) Un Polype couleur de Rofe, dont j’ai marqué les Bras ou les Fiés
par m) comme dans les autres, & la Bouche par n).
l) Un Polype jaune, écharpé & déchiré avec une Epingle en plu-
fieurs Parties à chacune defquelles les Bras ou les Pies m) étoient revenus.
TABLE LXVIII.
L’Infeâe qui fe trouve dans la Graine du Pin,
& un Rameau de MéleTe.
J’ ai promis dans l’Explication de la 66me Eftampe de répréfenter auili le Ver que j’ai trouvé dans la Graine du Pin & fa Métamorphofe en Moucheron . Mais pour remplir le Vuide, je ne crois pas défobüger le Lecteur en lui donnant, en Suplement à mes Obfervations fur les Arbres,
qui
47
TABLE LVXIII. & un Rameau du Méléfe,
qui donnent dans le Genre des Cedres , un Rameau de Méléfe defliné d’a- près Nature '& tel que Mr. Streicber me l’a envoie. Ce Rameau a) avoit -fes Boutons b) c) ; la Fleur de la Pouffière fpermatique, ou fécondante d) St la Fleur e) femelle qui conçoit l’Embryon St porte le Fruit ; de même qu’un Fruit en pleine Maturité f); le tout jugement du Volume çxaéle- ment copié dans cette 68Tie Eftampe, La Fleur femelle étaloit un Rouge incarnat auffi éclatant que la plus belle Fleur qu’il-y-ait. Et l’on eft ftupefié, de voir à la Fin ce beau Rouge & cette tendre Fleur fe changer en un Fruit d’un Brun mauffadej. dur St donnant dans la Nature du Bois*
Il me relie à remarquer, que j’ai trouvé, ainfi qu’il a été dit, des Vers , delîinés d’après Nature, g) dans la Graine des Pommes de Pin , Ils font bruns de Paille, fort transparens St ont deux Yeux à la Tête & une Mâchoire en Forme de Pinces*
Ils fe transforment en petits Moucherons bruns , dont la GrofTeur naturelle efl marquée i) ; tandisque k) la préfente examinée par Nro Ils ont le Corps garni d’un Poil fin. Les Ailes, de celui que j’ai exami- né, n’étant pas de veloppées,. étoient fur le Dos comme une Valife.
A’ l’Extremite du Corps il avoit une Corne courbe St qui finilfoic en Pointe, fix Jambes fous la jointure de devant, une grofie tête avec deux Yeux brun clairs, deux petites /Inténes, St encore deux plus gran- des , qui reffembloient à des Panaches. L’accident qui in’eft arrivé d’écrafer cet InfeUe entre les Verres du Porte-Objet^ pendant que j’étois à le confidérer, m'empêche d’en rien dire de plus particulier. Cependant je ne faurois dilfimuler, que les Obfervations que j’ai faites jufqu’ ici, principalement fur \es înfeéles, m’ont fotivent fait faire de belles Réfle- xions St m’ont infpiré de bonnes Ptnfées. En Effet plus je m'occupe à examiner les grandes Oeuvres du ToutpuifTant dans les plus petites de fes Créatures, plus je fuiç perfuadé de la Vérité du Raifonnement, que les Auteurs du Régné de la Nature & des Moeurs ont fait dès le prémier Chapitre de la Première Partie,.
„ Je
48 T A B, LXVIII, L’ïnfeO^ qui fe trouve dans la Graine du Pin,
,, Je conviens dit-on pag. 14. que tout le Monde ne peut ni ne î, doit favoir le Droit , la Medicine , & la Géométrie* Mais pour la Pbifi~ s, que, la Théologie , & la Morale , ce font des Scienfes univerfelles, que ,, quique ce foit ne devroit ignorer.
Ce qu’ il- y- a de certain, c’efl que la Phifique eft propre à difiiper la Superflition 5 & que fi elle nous met aujourd’hui hors de toute Crain- te des Pluies de Sang, des Feux S , Elme , des Hommes de Feu, des Sorcières & des Comètes ; & nous fait méprifer toutes ces fadaifes , qui fe débitent dans les Veillées des Villageois, dont on peut lire la jolie Differtation, qui a été defendue en 1 7^2. fous Mr. le Chevalier Linneus , & qui a pour Ti- tre : Merveilles des Infeèxes * ; il n’ eft pas moins inconteftable , qu’ elle prête la Main à la Révélation, & qu’elle éclaircit bien des Miflères que, fans fon Secours, il nous faudroit croire fimplement, fans pouvoir nous attendre à la moindre Vraifemblance. C’efl par elle que peuvent s’ex- pliquer Quantité de Pafifages de l’Ecriture fainte félon l’Efprit de fon Auteur. Un Chrétien en même tems NatuFalifle, fera bien plus rempli deRefpeét & d’Admiration pour l’Auteur de fon Etre, qu’il trouve, voit, entend, goûte, fent & touche en tous Lieux, qu’un Idiot qui n’a pour fon Créateur que la Foi du Charbonnier , 11 y- a plus. Son Efperance
pour les Biens avenir fe fortifie d’autant mieux, qu’outre les Affurances, que lui en donne la Révélation, il trouve dans le Régné de la Nature tant d’Evénemens, qui ont tant de Rapport à 1’ Etat d’après là Mort, qu’il ne lui refie aucun Doute fur la perpétuité de fon Etre ; Je puis me di- fpenfér de dire , que la Phifique anéantit ces Criminels Contes de Vieille, qui prétendent, que par la Force des Sortilèges, l’on peut engendrer des Poux & des Souris, pour en tourmenter les autres Hommes. Il n’y- a qu’à examiner la Struélure d’un Poux , pour être à jamais défabufé de rillufion, qu’elle puiffe, partir d’une autre Main que de celle qui a créé toutes Chofes, Les grandes Idées, que le Phificien fe forme de fon Créa- teur,
* Car. Lin. Amoen, Acad, Vol, 3, p, 313. St Magazin Univerfel Part. 9. Nro 19, pag. 321.
TABLE LXVJII. & un Rameau de Méle'fe, 49
teur, ne lui permettent jamais de fuppofer, bien moins encore de croire, qu’il ait vouiu donner par une fi glorieufe Métamorphofe à un Vil In- féré p. e. à une Chenille , une Prérogative fi marquée au deflfus de l’Hom- me, le plus noble de Tes Ouvages & fa propre Rdfemblance. Un Natu- ralise chrétien peut regarder intrépidement Ton Tombeau & les Vers qui l’y attendent. J'ofe mettre ici les Penfées que j’ai eu moi même dans la dernière Maladie, qui m’avoit mis à dveux doigts de la Mort, en les recommandant à l’Indulgence du Cenfeur, en Qualité de Penfées d’un Moribond. *
Oui de mon pauvre Corps la fragile Structure
S’en va dans le Tombeau Vous fervir de pâture Infeéles, Vermififeaux, que d’un Oeil attentif j’ai mis en cent Lambeaux, j’ai diffequés tout Vifs!
Vous allés excercer contre moi Vôtre Rage;
Vos Aiguillons, Vos Dens, tout eft prêt au Carnage.
Mais je ne Vous crains point. Privé de Sentiment,
Ce Corps mort ne fent point les Coups de Vôtre Dent.
Percés, mangés, rongés, contentés Vôtre Haine ;
Elle me tourne à bien. Fort peu je fuis en Peine De ce que deviendra ce R elfe d’ Elemens,
Fait pour périr un jour, pour revivre en fon Tems.
Dans les Mains du Trèshaut, l’Eflfence de mon Etre
Repofe en Sûreté, pour enfin reparoître,
Lorfque ce grand Pouvoir, auquel tout efl fournis.
Par la même Vertu, que dans les Tems jadis,
11 tira du Néant & le Ciel & la Terre,
Et tous les Animaux de l’une & l’autre Sphère,
G Et
* Le TraduSeur, qui n’a jamais fait le Poëtc, a bien plutôt fujet de demander cette Indulgence pour les Vers fuivans, qui font la Tradu&ion de ceux de l’Auteur.
fo T A B. LXIX, La Configuration & les Criftaux du Mercure &c.
Et de ce Firmament les Aftres Radieux,
Et les PoiiTons des Eaux, Sc les Oifeaux des Cieux;
Far la même Vertu, qui ces Etres conferve.
Et qui, dans fa Sageffe, à fes Fins les referve;
Réünira mon Ame aux Débris de mon Corps,
Qu’il faura bien trouver avec tous fes Refforts»
Comment ignoreront l’Auteur de toute Chofe,
Où de ma pauvre Chair chaque Morceau repofe ?
Un pareil Doute affreux je laiffe à l’Animal,
Qui ne fait fon Auteur, ni fon Bien, ni Ton Mal.
Qifétoit mon Emprion ? un Etre miférable ;
Mille on en cacheroit deffous un Grain de Sable!
Que dit le Polypusy dans tous fes Bouts vivant ?
Le Papillon, qui va la Rofe careffant,
Ceflant d’être Chenille ? & le Grain de Semence ?
Le Chimifte à fon Feu, me montrant l’Exiffence
D’Etres nouveaux, par l’Art, dans la Cendre groff.s ?
Que nous ne fommes point, pour être anéantis;
Que le Tombeau, les Vers avec la Pourriture,
Pour mon propre Bonheur, me font leur Nourriture.
De leurs Coques fortans les Papillons ailés,
Difent âvec Saint Paul, * qu’ en FoibleJJe femés ,
Nous rejjuffitcrons pour la Gloire etemelle ;
Le Corps , Vainqueur de Vers , joignant l'Ame immortelle.
TABLE LXIX.
La Configuration & les Criftaux du Mercure fublimé.
A /f onfieur le Confeiller & Profeffeur Delius d’Erlang aïant eu la Bon- jL V JL té de ny envoier plufieurs fortes de Sel , & en même Tems du
Mer eu-
* i. Corinth, Cap, 35. v. 44.
TAB.LXX. Differens Verres Oeconomiques & Microfcepes tkc. fi
Mercure Sublime & du Doux, tirés de fon propre Laboratoire , pour en faire l’Objet d’Experimens microfcopiques ; je me fuis mis tout de Suite après le Sublimé , que j’ai d’abord autant pulverifiè , qu’il fe pût, & puis bien broïé avec de l’Eau chaude, & enfin mis fur le Verre, où je l’ai trouvé par le Alicrofcope Solaire tel que je l’ai exactement defîlné & ré- préfenté dans certe 69 re Ffampe ; dans laquelle a) montre toute la Configuration , mêlée de Criftaux, qui confiffe en une Infinité de Pointes ca- pilaires très fines, répréfentant des Arbres , des Rameaux de Palmier , des Flécbes décochés , des Piques & des Lames à' Epée,
Les véritables Criftaux de diverfes Efpèces fe voient b). Ceux qui font marqués c) font étrangers, & nullement des Criftaux du Mercure; & ils viennent d’une Touche de Laiton, avec laquelle &: faute d’autre je mis à la Hâte la première goûte de Sublimé diffous fur le Porte-Objet , & de laquelle fe font détachées par la Force corrofive du Mercure, ces Lofanges qui reffemblent parfaitement à des Criltaux de Vcrd de gris, & qui fe font mêlés avec les Véritables. Ce dont j’ai été convainu com- me d’une Vérité inconteftable , par les Experimens réitérés que j’en ai faits.
TABLE LXX,
Differens Verres Oeconomiques & Microfcopes
manuels*
Sur les frequentes Mentions que j’ai faites du Verre Oeconomique dans mes Obfervations, j’ai été prié de le faire graver fur une Efampe & de le faire connoître. Je le fais donc avec Plaîfir, & préfente au Le- cteur le Mien a) ; & un autre b) dont le Champ efijmoins vafte. L’on peut faire bon Ufage de l’un & de l’autre pour Quantité d’Objets opa- ques. L’on peut mettre dans a) fur la petite Table, fous la Cloche des Médaillés, des Glaces à Montre remplies d’Eau limoneufe , des Hanne- tons, des Papillons, des Punaifes &c. & confidérer plufieurs Objets à la Fois ; à quoi l’on peut fe fervir utilement d’un Verre d’un Pouce & demi
G z &
ft TAB. LXX, Differens Verres Oeconomiques & Microfcopes &c.
& même d’un Pouce . Celui qui eft marqué b) effc compofé d’un Cylindre de Verre blanc , dans lequel eft enchaffée une Lentille , dont le Foïer eft d’un demi Pouce ou de trois Quarts.
il faut palier dans le Cylindre par leDeffous un Picot couvert de Drap ou de Velour, lequel ait un Pié pour le pofer ; mais il faut qu’il joigne bien dans le Cylindre .
j’ai encore marqué un Verre Oeconomique tk que Mr. Meyen célébré Opticien de la Cour de Dresde fait & débite, de même que bien d’autres Verres & Telefcopes.
d) Eft une Loupe, montée en Corne noire, par le Moïen de laquelle l’on peut tirer de l’Eau les Animalcules qui fe tiennent dans le Limon, n’aïant befoin pour cela, que de la tenir entre les Doigts contre le Verre
où eft l’Eau.
e) eft enfin ce qu’on appelle le Microfcope h Compas, qui a été décrit tant par Mr» Meyen de Dresde que par d’autres Artiftes. * A l’une des Branches duquel f) l’on met à fa Fantaifie les L'erres Microfcopes dans |eur Chajjè g), A Vautre Branche l’on peut attacher ou les petites Pinces h) ou îe Poiion k) ou l’Aiguille 1) pour préfenter des Infe&es vivans de- vant le Microfcope g) , ainfi que p, e l’on peut voir dans i)
Mais il s’en va fans dire, que pour fe fervir du Poiion k) , il faut tenir tout le Microfcope à Compas horizontalement, afin de ne rien verfer, & que l’Oeil puifTe regarder perpendiculairement de haut en bas, & non pas devant foi comme il fe fait avec l’Aiguille & les Pinces. J’efpere d’en dire une autre Fois davantage.
TABLE
* Courte Tnftruâion , fur la Confîitution St Vllfage des Microfcopes par Mr, Joach, Fred, Mayen, à Dresde 1744. -avec des Ellampes.
NB. U ouvrage eft en Ai le inan d.
53
TABLE LXXI. Les Polypes bruns â longs Bras, TABLE LXXL
Les Polypes bruns à longs Bras,
De toutes les Efpéces de Polypes , celle-ci étant la plus durable & la plus propre à foutenir l’Examen du Microfcope ; elle mérite l’a- vantage, que je commence par fa Defcription,
Quant à la Struêture, elle n’eft pas la même ; car il y a deux fortes de Polypes bruns ; mais ils ont des Marques certaines qui les diftinguent clairement les uns des autres.
Une Efpèce qui eft répréfentée fur cette Eftampe a) pendant à urs Rameau, & puis détachée c) d), a le Corps tout d’une l’ièce depuis la Tète jusqu’ au Derrière, quoi qu’il aille en diminuant.
Les autres ont à l’Extrcmité du Ventre Une longue Queue fort min- ce & tranfparente comme un Tuïau vuide, fur laquelle ils marchent & peuvent fe dreffer j de forte que, qui n’auroit jamais vu de Polypes , la prendroit aifément pour une Queue de Fleur ou de Plante. Outre ce- la Ceux-ci fe diftinguent des Frémiers parla Quantité de Petits , qu’ils mettent bas. Rarement l’on voit aux Frémiers plus de 3. à 4. Petits ; pendant que Ceux-ci ont jusqu’à dix Fils ou Petit-Fils, qui pendent après Eux ; ainfi que je le fais voir au Naturel dans les Fig, e) & f) de cette 7ime Eftampe , & groffi dans les Fig. g) h) i) delà 67™*
J’ai à la vérité emprunté des Mémoires de Mr. Tremblai le Rameau des Polypes de la première Efpèce, à caufe de fa Figure fingulière. Mais je puis bien affûrer, que j’en ai trouvé dans certaine Plante aquatique 10. 20. & même 3o,Tont cet Etalage de Polypes , quand ils étendent leurs Bras ne relfemble pas mal à une Chevelure éparfe ou à une Perruque. Pour la Couleur, elle eft brune dans les deux Efpèces,
Mais de Peur que les Amateurs ne fe méprenait en cherchant des Polypes , je dois les avertir, que leur Couleur brune fe change fouvent,
G 3 don-
54 TABLE LXXI. Les Polypes à longs Bras.
donnant tantôt dans le brune hatain , tantôt dans celui de Paille , tantôt dans le cendré , & même parfois devenant blanc pâle & transparent , à Proportion de la Nourriture qu’ils ont prife. Car le Polype, quand il a le Ventre bien plein, devient brun- noirâtre, & même V Extrémité du Corps ou la Queue, qui eft autrement transparente, prend cette Cou- leur, Que fi Vous le faites jûner trop longtems, il perd fa Couleur brune ; le Corps & la Queue deviennent tranfparens, comme le Verre ; & c’eft fouvent une Marque certaine, qu’il mourra bientôt.
Son Corps a peu de Parties, Une Tête, un Ventre, une Queue , des Fiés font tout fon Etre, La Tête, qui eft tantôt ronde, tantôt fphéri- que, tantôt éliptique, tantôt conique & tantôt fufelée, a fur le Devant une Encoche demi ronde, qui eft la Bouche. Perfonne n’aïant jusqu’ici vû des Yeux aux Polypes ; je devrois apprechender d’être le premier à leur en donner. Mais pourquoi n’écrirois-je pas ce qui eft vrai, & que plu- fieurs de mes Amis ontvû aufîi- bien-que moi ? C’eft que j’ai découvert aux deux Côtés de la Tête deux Taches rondes d’un brun-noir, que je tiens pour les Yeux du Polype , & qui font ordinairement couverts par fes Bras, comme l’Aiguillon de la Puce TeiT par fes Piés. Mr. Tremblai a déjà dit qu’il voit & même bien clair , & je le montrerai moi même en fon Lieu. Sa bouche, à Peine perceptible au Microfcope, devient une Gueule plus éffroïable que celle du Crocodile, du Minotaure, oi du Dra- gon, que tua Cadmus, lorfqu’ il s’agit d’avaler une Proie, quelque fois de beaucoup plus grande qu’il n’eft lui même. Alors tout fon Corps, fans en excepter la Queue , n’eft qu’un Gofier femblable à un grand En- tonnoir ; & quand il a la Panfe bien pleine , tout fon Corps reiîemble à un Bout de Sac informe, rempli de Têtes de Chou, qui font des Bolfes de toutes Parts,
Au tour de cette Gueule il a 4. 6. 8* Bras ou Piés, dont il fe fert non feulement pour fe tenir, debout & pour marcher , mais encore pour
faifir
TABLE LXXI. Les Polypes bruns à longs Bras. //
faifir & égorger fa Proie. Il s’en fert vis à vis des Cre'atures plus peti- tes que lui, en Guife de Glueaux; car tout ce qui en approche s’y prend comme les Oifeaux fe prennent à la Perche ; mais vis à vis des plus grof- fes, il s’en fert comme de Lacets de Filets, de Lignes a pêcher , pour attirer fa Proie & la porter à la Bouche. Ces Bras font compofés de Milliers de Globules tranfparens femblables à des Perles, Voi. Fig. b. de même que tout le Refie du Corps, avec cette feule Différence, que les Globules des Fiés font ge'néralement plus gros, que Ceux qui compofent le Corps.
Ce qu’ils ont une fois pris dans leurs Cordeaux & dans leurs Lacets
, >
ont bien de la Peine à s’en défaire ; de forte qu’on peut appliquer aux petits Polypes, ce qu’ Ovide a dit des grands.
lltque fub aequoribus deprelenfum polypus hofiem Continet ex omni dimijjis parte flagellis. Metam. L, 4.
Le Corps en lui même n’efl qu’ un Sac oblong , où il n’y. a point d' Entrailles. Il forme depuis la Tête, c’eft à dire depuis la Bouche, pref- que jusqu’ à la Queue un Boïau continu, lequel le Polype , furtout quand il a jûné un Jour, remplit tellement d’Alimens de haut en bas, qu’ il en efl tout roide. Il emploie aufîi comme des Pies l’Extrémité du Corps, qui efl plus mince que le Devant. Il fe tient, il s’afîîed, il fe repofe deffus, il en marche ; ce que je ferai voir dans une Continuation, où j’ai encore à faire réraarquer fuccintement les Propriétés des Polypes.
Aiant, à ce qu’il me femble , fuffifamment montré la Structure exté- rieure des Polypes à Bras, il ne me refie plus qu’à donner quelque petite
Explication de la LXXI. Eliampe,
a) efl un Rameau garni de Polypes de la Groffeur que Mr, Tremblai l’a defîiné, lesquels attirent à Eux les petits Animaux aquati- ques avec leurs Bras étendus.
b) efl
/
i - v • ; -
f6 TABLE LXXI. Les Polypes bruns à longe Bras.
b) eft une Particule d’un Bras ou d’un Pié de Polype , defîiné d’après
le plus haut point de Grofliflemeur & copie' du Dejjèin de Mr.
Trembhi.
c) eft un Polype de la prémière Efpèce, un peu grofii, fans Queue
avec y. Petits.
d) un autre de Groffeur naturelle, fans Petits, pendant à des Lentil-
les de Marais.
e) un Polype de la fcconde Efpèce en Repos, qui s’eft retire, & qui
fe tient avec fes Petits fur l’Extrémité de fon Corps ou fur
fa Queue.
f) encore un Polype brun de la fécondé Efpèce avec plufieurs pe-
tits, fe tenant pareillement fur la Queue & aïant les Bras éten- dus, pour faire Capture.
Voici ce qu’ Ecrit Mr. Tremblai dans fes Mémoires fur les Polypes,
,, Quand j’allois chercher des Polypes , je prenois toujours mes deux ,, jeunes Elèves 5 & j’ai éprouvé avec eux , que vis à vis de ces ,, Créatures, l’on peut aufti goûter les Charmes, que la Confidération s, de la Nature en général fournit fi largement à fes Amateurs. Ceî- s, le-ci eft pour la JeunefTe un Speétacle, dont les Répréfentations ne ,, fervent d’ abord que d’Amufement ; mais qui pique infiniment la 9, Curiofité, guide la Raifon , touche le Cœur, & accoutume l’Efprit ,, à reffentir ce, qui fcul mérite d’être appellé le vrai Beau. .
Pour moi, je ferai bien fatisfait , fi la Continuation fuivante a le Bonheur de convaincre quelques uns de mes Leéleurs de cette impor- tante Vérité.
ta
TABLE
TABLE LXXII. Un peu de Moufle de Limoa, py TABLE LXXIL
Un peu de MoufTe de Limon.
Cette Production du Régné des Plantes aquatiques a bien du Rapport avec les Polypes . Car elle paroît s’e'tendre & fe multiplier de la même Façon que ces Animaux merveilleux.
Un Rejetton fort de l’autre prefqu’ à l’ Infini, & cette Produéfion re- vêt en peu de Tems une Paroi d) de fes Jets, comme un Efpalier de Jardin. Et pour mettre mes Lecteurs mieux au Fait là defllis ; je n’ai qu’à leur dire, qu’on en trouve auflî contre les Parois du Dedans des Abrûvoirs & des Rejervoirs à Poiflon. C’efl un Limon verd qui a contume de s’ y attacher & dont on ne fauroit reconnoître la véritable Forme l’Oeil non armé.
Sous le Microfcope compofé de Marfchal on en peut examiner une bonne Partion ; aulïi ai je mis fur cette yime Eflampe a) un peu de cette Moufle de Limon au Naturel, telle qu’on la voit dans l’Eau ; & dans b) la Particule , que j’en ai confidérée par le Microfcope manuel de Wilfon Nro en donnant dans c) le Groiïiflement tel, que je l’ai trouvé. Par là j’ai découvert un Enlacement d’une Infinité de Quanés , de Pentagones & à' Hexagones réguliers & irréguliers, compofés de Rejet- ton s, qui fe reflemblent tous parfaitement, foi, Fig. d) & dont chacun et plein de Grains de Semence. Cela me fait conjecturer, que cette Efpèce de Moufle s’engendre & fe multiplie par fa propre Semence comme le Champignon. Je ne fâche aucune Production du Régné des Plantes , qui ait plus de Rapport avec cette Moufle, pour la Formation de les Re- jettons, que l 'Opuntia, les tfopales ou Figues des Indes.
Quelque peu d’Apparance, qu’ait ce Limon confidére à la Légè- re ; il ne laifle pas de divertir très agérablement la Vue étant fous le Microfcope ; je fuis même perfuadé que les Amateurs en feront l’ FpreU' ve avec Plaifir,
H
TABLE
f8 TABLÉ LXXIIL Efpèee fingulière d’ Animal aquatique à Coque,
TABLE LXXÏII.
Efpèce fingulière cTAnimal aquatique à Coque,
ou îe Puceron en Forme de Roignon.
Le premier Coup d’Oeil qu’on jettera fur celle Eftampe, fera augurer» que j’ai vû & mal defliné ce, que Mr, Schaefer nomme Kiefenfus, * ou les Puciê d Eau à Cornes ou Monocles de Hoeffel ; tant ces Pucerons y ont du Rapport, n’alantaufii qu’un Oeil fur le Devant de laTête. Mais j” ai l’honneur d’afilirer , que j’ai été long tems en Doute , fî c’êtoit une Efpèce particulière de Puce d’Eau ou fi c’etoit en Effet celle, que je viens de nommer ? Cela m’a obligé de l’examiner très foigneufement, de la foumettre aux Obfervations de mes Amis, & même, me défiant de mon propre DefFein, de la faire voir & dejjiner par Mr. ï Entrepreneur, afin que la Nature fut copiée au plus jufle.
Je dirai avant toutes chofes , que ces Créatures n'ont point été prifes dans une Eau dormante ; mais dans celle d’une Fontaine à Canaux ; ce qui paroitra furprenant. Ceft dans la petite Fontaine d’en haut de nôtre A "eubau ** vis à vis du Lifîenbof *** qu’on a trouvé ces Créatures. Ni la grande Fontaine du Milieu, ni la petite d’en bas, vis à vis de la Porte de Haller, n’en produifent point. Outre cela ce n’eft pas dans le Ëaffm de Pierre de cette Fontaine, qu’elles fe trouvent ; mais c’eft du Tuïau qu’elles fortent avec l’Eau j & l’on y en trouve beaucoup furtont aux Mois de Juin & de juillet.
Il faut donc en chercher l’Origine & îa MaifTance ou dans la Source même ou dans les Aqueducs. Or je ne fais pas fi les trois Fontaines, qui font à cette place » viennent de la même Source. Si elles en viennent,
ces
161 Le Traduéîeur n’a trouvé nulle Part ce Mot, Mais Tab. LXXV. Fig. 2. il fe Verra,
que M. le Do<fl Schaefer, l’appelle auffi Puce d'Eau rameufe.
'■** & *** font les Noms propres d’une Place & d’nne Maifon de Nuremberg & ainfi ils ne fe peuvent traduire.
TABLE LXXIII. ou le Puceron en Forme de R oignon.
ces Animalcules ne peuvent pas en venir, autrement il faudroit qu’il j en eut dans les autres deux Fontaines j & alors il faudroit en chercher l’Origine ailleurs. Dans ce Cas-ci je préfume, que les Canaux pourris ou pleins de Limon, où ces petits Animaux aquatiques aiment autanta fe tenir, que les Cirons aux Tonneaux à Vin humides ou au Formage dans les Caves, pourroient bien être le Lieu de leur Naiffance. Que fi la Fontaine d’en haut a fa Source particulière, il eft fort poiïible, qu’ils viennent de cette Source par les Canaux.
Mais je laiiTe tout cela en fon Lieu, pour faire voir V Explication de la LXXIII. Eftampe.
a) Oui repréfente une Glace de Montre avec un peu d’Eau de la Fon-
taine en Queftion, dans laquelle on peut voir de ces /Animalcules a Coque de Couleur rougeâtre dans leur Grofleur naturelle.
b) Un de ces Animaux aquatiques, un peu groift, fa Marche tour-
noïante étant marquée, qui eft le Mouvement ordinaire de ces Créatures,
c) Montre un de ces Pucerons dans fa Coque tranfparente^ le Signe fj
marquant l’Endroit d’où Fon peut voir l'Oeil de cette Créa- ture.
d) Leur manière de s’apparier, ainfi qu’on les trouve en Quantité
dans l’Eau, attachés les uns aux autres ; Dont la Femelle nage fur le' dos, & eft trainée par le Male.
e) Fait voir un de ces Pucerons hors de la Coque s dont le Corps tout
informe, tire fur le rouge. L’on en voit les Inteftins avec leur Mouvement pèriftaltique. 11 a à la Tête, fous le Ventre & aux Piés de devant & de derrière, je ne fai combien d’Antènes & de Pointes de Poil qui fe meuvent , & qui pourroient bien leur fervir de Nageoires.
H 2
f) En
êo TABLE LXX1V, Petit Efcàrgot de Limon;
f) En montre un autre, qui a entièrement fermé fes deux Coques9
apparammentà caufe des Poux, d’une Infinité defquels il eft en- vironné & tourmenté j & lefquels j’ai marqués par de petites Etoile.
g) Efl une Coque que le Puceron a quittée, & qu’on voit dans l’Eau
par le Microfcope en plus grande Quantité que de Pucerons mêmes. Elles font aufîi blanches que de l’Argent, aufli dures que de la Corne, & fi artiflement tiffues, quelles reffemblent à des Cotes de Maille.
TABLE LXXÏV.
Petit Efcàrgot de Limon ; ou une Corne d’Ammon»
J’ai répréfenté dans la VU!. Eftampe de la prémière Cinquantaine de ces Amufemtns microfcopiques pîufieurs Efcargots & Cornes à'Ammon , qui fe trouvent dans le Sable de Mèr d’Arimini ; mais il ne s’y voïoit pas un feu! Efcàrgot en Vie. Dernièrement je découvris parmi 1 Herbage & les Len* tilles de nôtre Rivière, de ces petits Efcargots qui ne cedcient en rien à Ceux d’Italie. O Seigneur, quelle Profufion de Beauté, d’Art & d’ Or- dre ta Toute puiflance & ta SagefTe n’ont-elîes pas réuni dans ce feul Point ! Qui a Vu par la Voïe de la Diffeétion , la Structure des gros Efcàrgot de Terre , fait le mieux de combien de parties externes & internes cette Créature eft compofée. Et il n’y-a qu’à confulter la Bible de la Nature de Scîv.vammerdain , & en parcourir les Eftampes ÎV. V. Vï. VIL VIII. IX. & X. avec leurs Explications, pour fe faire une Idée de ce qu’ il-y-a d’incomprehenfible dans ces petites Cornes d'Ammen. Car tout cc qui eft contenu dans un grand, toutes les Parties, qui fe trouvent dans ma Efcàrgot de Terre, font réunies dans ce petit Point qui eft à Peine du Volume d’un Grain de Millet , Leurs Couleurs même font aufîi fuper- bes & aufîi variées, que dans les grands ; peut-être même pourroit-on choifir & ramaffer un petit Cabinet microfcopique des Cornes à'Ammon
des
TABLE LXXIV. ou une Corne d’Ammon.
Ci
des Coquilles & des Efcargots , qui fe trouvent dans les Herbes de nos Marais, Raiffeaux, Etangs & autres Eaux, avec leurs Couleurs les plus dé- licates.
Regardes dans l’Eau marécageufe, la plûpart de ces Efcargots pa- roiffent bruns ou Verd jaunâtre ; mais étant bien purifiés, avec un Pin- ceau, du Limon & de la MoufTe qui y tient ; la Véritable Couleur de leurs Coquilles fe fait voir, & alors elles font aufll tranfparentes que du Verre, Pourquoi ne trouveroit-on pas celles-ci aufli dignes d’être dé- peintes, que celles d’Arimini ? Ceroit- ce parceque ce font des Produ- ctions allemandes, de notre propre Pais & de nos Eaux ? Je fuis per- fuadé, que quand on en aura vu les Beautés on leur accordera la même Attention, qu’aux Etrangères. C’eft dans cette Vue, que je defline ici un des Efcargots , que j’ai découverts dans la MoufTe , répréfentée dans la 7Zme Eftampe,
L’ Efcargot lui-même et oit Couleur de Cendre, mais fa Corne d’ Ammon, ou fa Coquille avoit le Fond Verd d’acier, mêlé de Violet & d’Argent. Quatre Cordons de Perles parcouroient dans une égale Diftance la Co- quille des deux Cotés depuis l’Ouverture , jusqu’à l’Extrémité du Cen- tre, & l’on pouvoit reconnoître fort clairement ces g. Cordons par de- dans lorsqu’ on y regardoit par l’Ouverture,
Je réprêfente a) fa véritable GrofTeur naturelle; dans b) une Corne d’Ammôn vuide dans laquelle l’Efcargot étoit deffêché ; & dans c) une autre, dont V Efcargot s’étoit confervé 8. Jours en Vie dans une Glace à Montre avec de l’Eau marécageufe , de la MoufTe & d’autres petits Infeéfes, toujours plus frais & plus agile, que les Efcargots de Terre.
Les Amateurs trouveront Quantité de ces Cornes d’Ammon dans tou- tes les Eaux dormantes ; mais furtout dans celles, que l’on prend dans les Etangs & dans les RuifTeaux limoneux ; & ils conviendront Eux-
H 3 mêmes
Cx TABLE LXXIV. Petit Efcargot de Limon ;
mêmes, qu’il y en a de bien des Sortes & des Struélures, qui méritent dêtre peintes.
Remarque.
J’ai reçu ces Jours pâlies une Lettre du Voifmage. Un docle Ami, qui n’en eft pas moins malicieux, s’y plaint de ce que ,, 1’ Ufage „ de la Phifique’ eft à la Vérité palpable pour les Gens de nôtre Efpèce, j, puis qu’il s’étend jusqu’aux Damoifeaux, que nous Appelions Petit- ,, maîtres & à leurs Bourfes à Cheveux ; mais qu’on n’en remarquoit ,, encore aucun Effet dans le BeauSexce hc, ,,
Le voïant donc dans lErreur, j’ai tâché de l’en tirer par la Réponfe qui fuit :
Monfieur !
Il fe voit bien que Fous continués Votre Genre de Fie . Confiné dans Votre Cabinet , comme le Blaireau dans fon Terrier , toujours le nés fur les Livres , ou la Plume à la Main ; Vous vous plaignes le Tems de regarder quelque fois par la Pénétre & de voir ce qui fe pdffe vis-à-vis de cbés Fous. N’avés , Vous pas Honte déavoir fi peu de Monde. Fy ! Fous auriés dû manger la Plume à belles Dens plutôt, que d* écrire inconfiderément, que la Phifique ne produit encore aucun Effet dans le Beau- Sexe. Ou e n'avés Fous vft Mademoifelle Votre Foifine, comme je l’ai Vue , il y-a- quinze Jours, ce fi à dire la dernière fois que fai eu le Plaifir de Vous aller voir ! Si Fous i'aviés, dis-je, confiderée, comme moi ; Fous n’ auriés jamais tenu un Langage fi bazardé contre la Phifique , & contre des Seïïatrices fi confidérables , qu’elle a. Dés demain , Monfieur , je Vous le confeille en Ami , cbajfés de bonne heure le Sommeil de Vos Veux platoniques ; mettés Vous à la Fenêtre, 'ffi de là Voiés d’un Re- gard Vif & Spéculatif 'Mademoiselle Votre coufine, fortir de chês elle, pour aller à l’Eglife. Faites furtout Attention à fa Coiffe & à un certain . . . qui fiote par dejfus. Je ne veux pas pour le Coup Fous en faire le Détail, ni Fous dire le Nom qu'on lui donne à l’Ecole de la Toilette . Cependant , Monfieur, fi Vous veniés à ne
' pouvoir
TABLE LXXIV. ou une Corne d’Ammon.
63
pouvoir deviner ce que c’eft (ce qui décèleroit étrangement Foire propre ignorance dans la Phifique) Fous n'avés qu’à demander à la petite Sophie , quelle Parure flo - tante avait fa Maîtreffe fur les Cheveux ? Je me divertis d’avance du Ris mo- queur dont elle va regaler Fdtre Que (lion, au Lieu d’y répondre. Et quoi , dira So- phie, un Homme fi (eau, fi grand, fî doue, ne fait pas que ma Maîtreffe eft coilte'e en Papillon dans le Coût le plus nouveau ! . . . Grâces à mon Etoile , fai appris par un bnreux Hazard le vrai Nom de cette Parure fuivant toute l’Energie , que lui donne le Monde galant . Foici comment. J’étois il y-a quelques jours pour affaires dans une bonne Maifon. La Soubrette entra dans la Chambre , demandant à fa jeune AJaîtreffe , comment elle vouloit être coiffée ce Jour là. Sotte que tues ès, lui répondit la Demoifelle , comment me coifFerois-je qu’en Papillon ?
En Papillon ! difois-je en moi méme,c’ejl en Allemand un petit Oifeau dd Eté ! En Papillon cela va être quelque chofe de drôle à voir ! Par Bonheur la Soubrette apporta le Papillon avant que je quittaffe la Chambre. Elle n’eut pas plutôt at- taché ce Papillon au fommet de la Tète de cette Demoifelle , que je vis la Meta • rnorphofe la plus promte , qui Çe puiffe imaginer. Car désque Mademoij'elle fut parée de ce Papillage, elle fe mita voltiger d’un bout de la Chambre a l’autre avec toute l’Agilité d’un Papillon»
Fous n’avés qu ’ à Fous mordre les Doigts , Monjîeur , de ce que Fous Inif es paf- fer journellement tant de Belles devant Vos Fenêtres, fans avoir fait encore Attention au Papillon, leur Parure favorite, Pi? outre cela prife de la Phifique ; Fi? de ce qu ’ en même tems Fous m’avês fait voir une Ignorance fi marquée de la Pratique du bel Air.
L’ Affection qu’on a ch'es nous pour les Papillons va fi loin, que la Soeur ca- dette de mn Tante , qui (fl une Fillete de 72» Ans, manqua Dimanche dernier l’Egli - fe, parce que fa Sorcière de Co ffeufe ne lui apporta pas fon Papillon. Quel Zele !
Auffl eft on redevabe de cette belle Inclination à un jeune Savant , qui a pré- tendu prouver à fa Maîtreffe, par les Langues originales, que fa Coffure , qui répre- fentoit effectivement un Papillon, renfermoit ie ne fais quoi de miflerieux, de beau Fÿ de gentil. Il fe mit enfuite , à lui expliquer te Alot grec Pfyche' , en lui difant
qu’il
TAB. LXXV. Fig. i. L’Arlequin, Infe£e d’Eau marécageufe,&c.
qiïïl pgnifloit également Papillon, & Ame. il lui prouva par Montfaucon, par les Recherches de l’Antiquité de Sandrat & de Spon , que les Anciens mettoieni des Papillons fur les Tombeaux de leurs Morts , pour Marque de leur Incorruptibi- lité. Il lui démontra , que le Mot Compofé <r flgnifle moins Amateur des
Papillons , qu’Amie des Ames , & tant d'autres belles Cbofes. Sapient. II. v.a6*
Voila, Mon beau Monsieur , pour Vous Matière a Reflexions & à des Raifon - nemens plus juftes. Car fi Pfyché fignifle en Grec aujji bien l’Ame , que le Papil- lon, fl nos Belles aiment ces Pfyché , jusqu' à en faire l'Ornement de leurs Che- veux ; l’on peut bien dire qu'elles font des <r, qui font connoître , par ces
Marques, prifes du Régné de la Nature , les Bons Effets qua produit la Phifique dans ï'Ejprit du Beau Sexe , l’attends Votre Réponfe avec Impatience & fuis
TABLE LXXV.
Fig. i.
L'Arlequin,* Infe&e d’Eau marécageufe, ou le Mou-
cheron dit ie Coufin.
Parmi les Infeéles d’Eau marécageufe, il-y-a une Créature, qui ref- femble à bien des Egards la Figure grotesque d un Arlequin. Sa Tête noire, Ton Corps de diverfes Couleurs, Tes Sauts, Tes Bonds, iês Elans, fes Tours ridicules, ont bien du Rapport avec ceux de ce Bouf- fon du Théâtre Italien. Car tantôt il fe met fur la Tête, ou plûtôt fur cette Langue ou Soupape rouge s que l’on voit paroître au deffous ; tantôt il fe drelfe parfaitement fur fa Queue garnie de deux larges Na- geoires ; tantôt il s’étend tranquillement tout de fon Long, puis fe ra- ma Tant tout d’un Coup , il s’élance en avant par un Saut de Serpent. Quelque fois il fe met en Peloton, regardant malicieufement comme Scapin de deffous fon Manteau, & fait enfuite un Saut en l’Air ; enfin il fe courbe comme un Arc bandé , & nage en cette Pofture fur l’Eau à pas de Chenille ; fachant auffi bien conferver l’Equilibre qu’un Poiifon, tant
fur
* Ainfi nommé d caufe de fa Tête noire , de fon Corps bigarré & des curieufes Cabrio- les qu’il fait.
TABLE LXXV. Fig. 2. Le Puceron Verd ou le Monocle. 6 f
fur la Surface de l’Eau que dans la Profondeur. Tout cela m’a engagé à le comparer à un Arlequin 8c à lui en donner le Nom,
Au refie a) dans cette Fig, r, marque la Grandeur naturelle de fin- feéte ; & ce qui eft marqué par de petites Etoiles , marque fes diverfes Attitudes avec quelque GroiH/Ternent, 8c fes differens Mouvemens. Par- contre b) eft un Dejfein , qui a été' tiré par la Lentille Nro 4. fous le Mi- crofcope compofé de Marfchal ; fuivant lequel ce Moucheron a la Tête ovale, garnie de deux /intènes pointues comme des Aiguilles, d’une Mâ- choire à Pinces , 8c de deux Yeux bruns. Il a outre cela le Corps long & délié avec Douz z Jointures, 8c un Conduit Verà , qui paffe depuis la Tête, jusqu’ou Bout de la Queue. La dernière Jointure a aux deux Côtes deux Nageoires longues & quatre plus courtes, ayjec quelques Bouts de Poil ; ainfi qu’on peut voir dans d) groffi par Nro 3) javec la Tête c) au Deffous de laquelle fe voit une longue Soupape rouge, femblable à une Langue, qui lui fert de Pies , pour fe tenir en Equilibre dans tous fes Mouvemens. Sa Couleur qui eft de Cinabre hors du Microfcope, eft mêlée dans le Microfcope, donnant fur le Jaune, le Rouge 8c la Couleur de Rofe ; ce qui, avec le Conduit t erd, fait un très bel Effet pour la Vue. Enfin il fe métamorphofe en Chryfalide, de laquelle naît une Efpèce de Moucheron ou Goufw.
La Figure i.
répréfente le Puceron , que Mr. le Chevalier Linnaeus appelle Monocle , Mr. le Doêteur Schaefer de Ratisbonne, de même que Schwammerdam, Puce d’Eau rameuse, Mr. Roefel Puce d’Eau cornue , 8c Hoedaert Pou d'Eau, a) En fait voir laGroffeur naturelle ; bien qu'il s’en trouve quelque fois de plus gros; b) eft le même groffi, donc la Figure eft ovale. Cet Animal- cule paroît n’avoir qu’un Oeil, quoi qu’ en Effet il en ait deux, comme [es autres Infeétes lesquels , félon Schwammerdam , font en forme de Retine 8c fi près l’un de l’autre, qu’ils femblent n’en faire qu’un ; en quoi 8c furtout par la Difîeélion en général, il eft contredit, par Mr. le Doét, Schaefer. Ces Yeux font au Front au Deffus du Bec ; & par deffus font
I les
66 TABLE LXXV. Fig. 2. Le Puceron Verd oü le Monocle.
les deux Cornes rameufes. Chacune de ces deux Cornes ou Bras fort d’un Tronc, qui fe partage en deux Branches , chacune desquelles a cinq Ra- meaux particuliers. L’on verra dans e) une de ces Branches grofiie par Nro 2. du Microfcope manuel. Avec cette Quantité de Bras ou de Nageoires, il fend les Eaux en tous fens avec la Rapidité d’une Flèche, & il efl aufli habile à faire le Moulinet, qu’ à fauter & à nager. Son Corps efl enveloppé d’une Coque transparente d’un blanc qui luit com- me Argent , & très artiflement trefiée \ ainfi qu’on peut voir c) d). Mais la Conflruélion de ces Coques n’eft pas uniforme ; car il-y en a qui paroiflent couvertes de Mailles, d’autres dr Ecailles, d’autres de Lofanges & enfin d’autres à' Hexagones & d’Oïïogones. Pour la Tête, elle efl com- me envelopée dans une Cape, & la Bouche approche fort du Bec d’un Oifeau. La Coque du Corps efl ouverte delTous le Ventre & divifée en deux Parties égales, que l’fnfeéle peut dilater & comprimer. Son Ex- trémité fe termine en Pointe fur le Derrière ; mais fur le Devant, elle préfente fouvent une Queue garnie de Quantité de Rameaux & de Poils fort déliés, dont il fe fert encore pour ramer. Toute la Coque depuis l’Oeil jusqu’ à l’Extrémité efl traverfée d’un Conduit ou Bo'iau rouge , qui fait tout le Corps de l’Animal. Sur le Devant de ce Corps font les Piés, qui font pareillement garnis de Pointes de Nageoire, & qui font dans un Mouvement continuél, qui femble trembler, attirer, ou ramer. Le Mouvement periftaltique de l'Inteflin fe diftingue fans Peine , de même que l’Ovaire où l’on compte 30^40, Oeufs. Cette Puce d’Eau vient fou- vent en Mue , & l’on trouve autant de fes Dépouilles nager fur l’Eau, qu’on en trouve du Puceron en forme de Roignon.
Comme parmi les Puces d’Eau , il s’en trouve une Efpèce particulière dont le Corps efl rouge, qui relTemblent à celles de la 73™ Eflampe, & qui couvrent affés fouvent la Surface d’un Marais ou d’un FoiTé ; ces innocentes Créatures peuvent fans Peine avoir caufé l’Erreur , où a été l’Antiquité, qu’il avoit plû du Sang en certains Endroits. C/efl une Ré- flexion qu’a fait Schwammerdam dans la 40. Page de fa Bible de la Na- ture* C’eft là que je renvoie le Leéleur, de même qu’à Derham , à
TABLE LXXVI. Une Antène de Papillon de Ver à Soie &c. 67
Back, à Tremblai & au Traité de Mr, le Doél. Sehaefer, des Polypes Verds, des Puces d’Eau &c.
La Continuation des Polypes ne tardera pas.
TABLE LXXVI.
Une Antène de Papillon de Ver à Soïe & les Ani-
maux Spermatiques de ce Papillon.
Si ce petit Papillon blanc, qui a fi peu d’Apparence, nous répréfente en entier tant de Beautés remarquables fous le Microfcope ; Sa Barbe feule & fes deux Antènes en particulier ne font pas moins dignes d’Ad- miration. Ce fuperbe Ornement de 'fête confiée en deux magnifiques Panaches, dont les deux Côtés de la Face font ornés, & dont celui du Coté droit eft répréfenté a) d’après nature , & b) grolli par la Lentille Nrof. tel que je l’ai obfervé ’& deffiné fous le Microfcope compofé de Marfehal. Les deux / Intènes font tout contre les Yeux & confident en un Tuïau d’une Matière qui approche de la Corne, allant toujours en Pointe & garni de Plumes. Des deux Côtés de ce Tuïau, il en fort 30* autres qui font bruns & creux, & lesquels font garnis de leur Duvet comme les Plumes d’une Aile d’Oïe i ce que le Leéleur verra clairement dans b). Mais les Obfervations que j’ai faites, fur mes Papillons & leurs Métamorphofes, m’aïant préfenté une Circonftance très fingulière, & que j’ai trouvé digne de toute mon Attention, je ne faurois m’empêcher de la communiquer de bonne Foi & delà foumettre au Jugement du Public.
Il- y* a environ fix Semaines, qu’il m’efl éclos de mes Cocons de Soïe, quoiqu’en dififerens Tems, deux Papillons Femelles & trois Mâles. Je n’exprimerai pas ici l’Ardeur qu’ont ces Papillons à fe multiplier, Scbwam - merdam , Malptgbi & Leewenhoeck en aïant déjà tant parlé.
11 me fuffira d’alTurer, que le Mâle, éclos le 4. Août, étoitàpeine hors de fa Coque depuis un Quart d’ Heure, & s’étoit purgé de l’Humidité
I Z rouge
ég TAB. LXXVI. Une Antëne de Papillon de Ver à Soie &c.
rouge jaunâtre, avec laquelle il étoit né, qu’il courut avec la dernière Chaleur après la Femelle, qui n’étoit aufli éclofe que depuis une Demi- heure, pour s’apparier avec elle. Cela arriva à 10. Heures du Matin. Le Lendemain^ 3. Heures après Midi naquit le fécond Mâle, pendant que le premier étoit toujours attaché à la Femelle.
Je fus tout étonné de voir, que ce nouveau Mari prefque dans le même Inflant, qu’il étoit forti de la Coque, fentit certainement par l’Odorat la Préfence d’une Femelle. Il fe mit à Voltiger fur le Papier avec Agilité & Emprelfement ; & fe purgea auffl plus promtement, que le prémier.
Mais de Peur qu’il ne devînt trop Chaud , je le feparai d’avec la prémière Paire ; & puis aïant arraché le Mâle de deiïus la Femelle , je mis celle- ci à Part, & j’en fermai les deux Mâles dans une Boite. C’eft ici que je vis une nouvelle Merveille de la Nature. A Peine le Mâle, feparé delà Femelle, fut-il avec l’Autre fur le Papier, que celui-ci fe mit à batre des Allés & à courir après l’Odeur. Il fauta effeélivement fur fon Camarade, & après avoir près de Demi-heure tâché d’émouvoir fa prétendue Femelle par toutes fortes de Carefles ; je vis enfin les deux Mâles fe feparer tout trilles & pendant les Ailes. Mais à la Place qu’ils avoient quittée, je découvris une Liqueur blanche femblable à du Lait, & qui ne donnoit point dans la Couleur de Sable, qu’ a celle que ce Pa- pillon dépofe apparemment en fe purgeant lors qu'il eclot ; & ainfi je crus que c’étoit la Sperme virile. Je ne me trompai point ; car faififlant mon Microfcope manuel & examinant avec Attention un peu de cette Matière glutineufe, je^vis très clairement une Armée à' Animaux Sperma - tiques, qui couroient d’une Marche promte , dégagé & variée d’un En- droit du Verre, qui fe deflechoit, à un autre, où il y avoit encore quel- que peu de cette Sperme fluide, pour y trouver leur Vie. J’avoue, que je doutai d’abord de ce que je voïois. Mais il Tnourut deux Jours
après
TABLE LXXVII. Les Etamines de la Rofe, C9
après une Femelle, fur laquelle, toute morte qu’elle étoit, un Mâle ne tailla pas de Voltiger alfés long-tems, & de perdre copieufement de Semence ; ce qui me donna occafion de réitérer mon Obfervation & d’y appeller encore un Couple de Perfonnes. Sûr de mon Fait ; j’ai fidèle- ment delfiné Fig. c) ces Animaux Spermatiques des Papillons Mâles des Vers à Soie de la même Grolfeur, que me les a répréfentés Nro 00. dans le Microfcope manuel & avec des Queues très courtes , lesquelles j’ai trouvé immobiles.
Comme il-y-a alfés d’Amateurs, qui élevent de Ven à Soie, rien ne leur eft plus aifé que d’imiter journellement cette Obfervation & de ju- ger de fa Juft elfe,
TABLE LXXVII.
Les Etamines de la Rofe.
Avant que d’entrer dans l’Explication de cette 7 7™* Fftampe , je dois avertir, que je m’étendrai davantage dans la 8ome, dans laquelle je répréfenterai les Epines & toutes les autres Parties de cette Fleur, Pour le Coup a) répréfente une Rofe commune avec fes Etamines & fes Anthères b) ; desquels on en voit c) un par Dcifus & d) par Delfous, comme il flotte, pour ainfi dire, au Bout du Filet délié de fa Queue. Les Grains de Semence, qui font fur la Surface e), & qui tiennent aulTi à des Queues très minces, font défïinés dans f) par Nro 3. & dans h) par Nro o. L’on peut même voir par Nroo. très diflinélement les Vef fies ou Globules pleins de Liqueur, que contient chaque Grain de Pouffière
fécondante ou anthèrique.
♦
Voulant faire l’Experiment, fi cette Pouffière créveroit comme celle des autres Fleurs ; je vis avec Surprife, qu’elle ne faifoit que changer de Figure, fans créver fi fubitement, & que désque j’eus mis un Peu d’Eau dans le Porte-Objet les Grains qui avoient la Figure du Grain de
I 3 Fro-
7<3
T A B L E L XXVIII. L’Eau du Sang ou le Sérum.
Froment, devenoient ronds comme des Grains de Poivre ; ainfi que je les ai defiinés dans e) par Nro 3. 8c dans g) par Nro o. du Microfco- pe Anglois, dont les Particules de Liqueur du Dedans fortoient lentement & petit à petit hors de leur Peau ou Enveloppe, Je remets le Refte à la Feuille fuivante.
TABLE LXXVIÎI.
L’Eau du Sang ou ie Sérum.
n de mes Amis infiniment recommandable par bien des Endroits, m‘i envolé cette Obfervation dans la Lettre fuivante.
Monfieur!
^J"e me fis faigner le Mois de Mai paflfôi Lorsque fur le Soir je voulus „ vifiter le Sang, que j’avois fait couler dans une Talfe, j’en trouvai les ,, parties rouges & épaiffes entièrement feparées d’avec les Aqueufes.
Je mis bien fubtilement dans un autre Vafe bien propre le Sérum fans s, aucun Mélange de Parties rouges , mais aïant cependant fa Couleur j, jaunâtre, quoique très claire. J’en mis d’abord une Goûte dans le î, Porte-Objet , que je mis fous le Microfcope manuel avec ie Miroir de „ Réflexion. Je la regardai par le Nro 3 & je n’y aperçus pas la moin- M dre Marque de Corps étranger. La Goûte demeura claire & trans- 3, parente, comme une autre Matière fluide, même fous Nro 1. & o „ Mais au Bout d’une Heure, que l’humeur fluide fe fut dilfipée, je vis ,, une très belle Configuration du Sel qui étoit dans le Sérum c’eftlaFig.t . „ Là deffus je laiflai encore le Sérum 4. Jours dans le Vafe, jus-qu’à ce ,, qu’il commençât à fentir mauvais. Alors une Goûte que je mis de „ nouveau furie Porte-Objet , préfenta, après que le Fluide fe fut éva- „ poré, les Criftaux variés & Deflinés dans la Fig. i. En confrontant >3 les Criflaux de Y Ammoniac de la XXllf, Table avec Ceux ci, l’on y „ trouve bien de la Reflemblance, en ce que les Pointes qui partent en „ biaifant d’une Longue Lance font plus de Reüanglei avec la Ligne droite
TABLE LXXVIIÏ. L’Eau Sang ou le Sérum. ?r
,, & qu’elles ont des Denst Auffi eft-il confiant par l’Analogie des deux ,, Figures, que ce n’efl pas fans Raifon que l’on foutient que, furtout „ après quelque Changement, les Sels qui font dans le Sang tiennent ,, du yolatil , de \'Alkali> de celui de l’Urine & de Y Ammoniac^
,, Il feroit donc Queflion de lavoir, fi nous voudrions détermî- ,, ner l’Operation des Sels par leur Figure. Mais l’on n’en découvre la ,. Figure, que quand fis fontfecs, ou que le Fluide dans lequel ils font, en eft furchargé, & non pas dans le Fluide même. Et les Sels eux même, ,, fuivant les Principes de la Chimie, n’opèrent, que lorsqu’ils font ,, diffous. L’on découvre auffi ça & là dans cette Figure, furtout vers 9, les Bords de la Circonférence,, des Criflaux difperfés , lesquels dans ,, un haut Point de GrofliiTement reffemblent fort à ceux du Sel à cuire; „ L’Exiflence duquel nous y doit d’autant moins furpendre , que nous ,, en prenons tout tous les Jours. Le Refie du Fluide fe delfêcha -en- ,, fin dans le Vafe, comme aulïî au Bord du Verre du Porte-Ob^et, il prit „ des Fentes comme fait la Colle defifêchée, & répréfênta un véritable ,, Gluten animate. D’où il refulte clairement, que ce Sérum efl encore en „ grande Liaifon avec les Parties lymphatiques. 11 y- a cependant toute „ Apparence, que les divers Mélanges, qui fe trouvent dans le Sang & „ fon Sérum & qui procèdent de la Diverfitéde Temperemment, de Re» ,, gime & de Maladies, occafionent auffi de différentes Configurations.
Je fuis D.
Quelques Semaines après que j’eus reçu cette Lettre, avec îesOb- fervations de ci deffus ; je me fis moi même Saignerau Bras & aïantfait les mêmes Experimens fur fe rerum, j’y vis les mêmes Con figurations &1 es mêmes Criflaux, qui m’avoîent été envoîés. Mais étant bien-aife devoir les Criflaux de Sel bien groffis, & qu’il faifoit urr très beau Jour , je pafiai le Porte-Objet dans' mon Microfcope folaire, & j’eus Lieu d’être très fa- tisfait. Voilà auffi pourquoi j’ai voulu les répréfenter dans la Fig. d)
tels
72 TAB.LXXIX. Le Moucheron, le Coufin, Infe&e d’Eau limonneufe,
tels que je les ai deflinés contre la Muraille, à l’Aide de Nro 4. avec quel- ques Branches c) c) des deux Configurations, J’ai eu du depuis Occa- cafion de réitérer plufieurs fois les mêmes Emperimens fur le Sérum , & je les ai trouvés prefque tous uniformes. Si quelcun de mes Lecteurs vouloir imiter cette Obfervation, je lui confeille de laifler la Goûte s’évaporer & fe deftecher d’elle même fur le Porte Objet, fans le MinU flère du Feu ou de quelque Chaleur étrangère ; les Configurations ea feront & plus belles & plus régulières ; & alors elle pourra paifer par toutes les Clafifes du Grofliifement, Dans cette 78me Eftampe, la Figu- re i) & b) b) a été tirée d’après Mro 3. du Microfçope manuel ; la Fi- gure c) & d) d’après Nro 4. du Microfcope folaire, & a) ne fait que répréfenter la Goûte deffêchée.
TABLE LXXIX.
Le Moucheron, le Coufin, Infe&e d’Eau limonneufe.
Schwammerdam appelle cette petite Créature Moucheron ; il 1’ a très bien décrite pag. 144. & très finement tirée dans la 3 r’ e Eftampe. 11 la met dans la troifième ClafTe, quoique, dit il, on devront croire, quelle appartient a la Seconde, parce que fa Chryfalide fe meut d'un Lieu à l'autre , quelle nage dans l'Eau & quelle ne demeure pas immobile dans une Place , comme font celles de la Fourmi, de l’Abeille &c. Car bienqut cette Chry falide (que j’ai dellinée dans cette Eftampe- c) au Naturel, & d) grofifie) nage dans l’Eau ; elle meut cependant aujji peu fes Membres , que celles de la fécondé ClaJJè. Pour moi fans entrer dans la Validité de ces Raifons ; je me contenterai d’aflfûrer, que j’ai vû une Infinité de Fois toute la Partie de derrière de cette Chryfalide fe mouvoir très diftinétement dans l'Eau.
« y
Ce Moucheron naît d’un Oeuf, que la Femelle pond dans l’Eau, du- quel fort au Bout de quelques Jours un Vermiffeau , répréfenté Fig. a) dans cette 7#ine Eftampe ♦ Dés qu’il fepeut mouvoir, il cherche la Sur- face
TAB.LXXÎX. LeMoucheion, le Coufin, ïnfe&e d’Eau lîmonneufe. 73
face de l’Eau, où il refte fort long-tems pendu par une Partie fingulièrc de fa Queue, qui eft marquée d’une Etoile. L’on en Voit quelquefois des Centaines ainfi enfemble ; mais ce n’eft pas leur feul Mouvement; car ils font, comme les PoilTons, les Sauts & les Elans les plus curieux dans l’Eau. 11 a tout le Corps tranfparent comme du Verre jaune , & dix Jointures, dont chacune a de chaque Côté quatre à fix Soïes ou Poils fort durs. Sa Tête confifte en deux Yeux qui reflfemblent à ceux du Moucheron , deux Antènes fourchues ; le Mufeau eft garni de Poil, aulîi bien que l’Extrémité de la Queue, laquelle a encore deux Efpèces de Soupapes. Il a un Boïau long , qui traverfe tout le Milieu du Corps, lequel a à chaque côté deux Trachées très menues ; & l’on y peut voir très clairement le Mouvement de la Digéftion des Alimens, de même que dans le Refte de T Jnteftin.
Cet Ir.feéfe parvenu à fon entière GrofTeur, quitte fa Vieille Peau, &fe change en la Chryfalide e) dans laquelle on peut déjà voir toutes les Parties du futur Moucheron , Cette Chryfalide eft répréfentée groflîe dans d). Elle a au Sommet de la Tête deux petites Cornes ou Trachées pour tirer laRefoiration ; & au Lieu que le Ver avoit d’ ordinaire la Queue en haut la Chryfalide y a la Tête & la Queue en bas. A l’Extrémité de la Queue elle a une Nageoire pour ramer , avec laquelle elle avance, mais d’une autre Façon & bien plus lentement, que ne faifoit le Ver» Le Moucheron aïant pris les Forces nécelfaires ; à quoi il ne lui faut que quelques Jours, il Ouvre la Chryfalide entre les deux Petites Cornes , ou Trachées, par lesquelles elle fe tient à la Surface de l’Eau ; après quoi la Peau fe dépouille & le Moucheron , qui en fort, demeure par fa légéreté fur l’Eau, jusqu’ à ce que fes Ailes étant entièrement fechées par l’Air, il les puiffe déploïer & prendre l’Elfor, L’on voit Fig, e)e)deux de ces Créatures au Naturel, petites à la Vérité ; mais redoutables pour leur Aiguillon, Je donnerai dans la 8yme Eftampe un Moucheron grolfi avec
K tout
74 TAB. LXXIX. Le Moucherons, le Coufin, Infe&e d’Eau limonneufc,
tout ce qu’il a de remarquable. Pour l’Heure , je m’en vai inférer ici une Obfcrvation fingulière, tirée delà Bible de la Nature , par laquelle Schvrammerdam prétend expliquer la Raifon pourquoi ce Per fe peut aiidü bien tenir par fa Queue fufpendu à la Surface de l’Eau, que l’on y voit pendre ces petits Marmoufets de Verre par l’Ampoule, qu’ils ont fous les Pies. „ C’e fl, dit-il, que la Queue a au Bout une Ouverture, qui „ tire l'Air; ce qui fait qu’on Voit quelques Vefîies fur la Surface de ,, l’Eau, où eft P Extrémité de la Queue. Cette Partie de la Queue ,, étant toujours féche , désque le Ver la porte à Fleur à' Eau , l’Eau en ,, découle de toutes parts, <k l’on voit diftinélement qu’il fe fait un ,, petit Creux dans l’Eau ; puisque lorsque le Ver s’ y enfonce, l’Eau ne „ pouvant trouver entrée dans la Queue fêche, elle demeure tout à „ l’Entour, & qu’ainfi le Ver nage très dégagément, par l’ Extrémité de „ fa Queue à Fleur d’Eau, comme un VailTeau vuide, le Fond en haut, „ ou comme une Aiguille d’Acier, qu’on pafle dans un Morceau de Lié- „ ge, laquelle fait auili fur la Surface de l’Eau un Creux ailes percep- s, tible.
„ Je lui ai auffi vü quelque fois porter la Tête hors de l’Eau. Mais ,, c’étoit que la Queue ne fe pouvant plus conferver fêche, ne pouvoir „ plus fe tenir fur l’Eau ; ce qui arrive lors qu’on tourmente trop le „ Ver & qu’on fecoue trop le Verre où il eft. Aufli lui ai je vû pren- „ dre fa Queue à la Bouche, & la réparer de même que fon Poil. Ce „ petit animal imite en cela les Oifeaux aquatiques, qui paffent leurs „ Plumes dans le Bec pour les frotter d’une Liqueur huileufe qu’ils por- „ tent au Croupion , & cette Matière huileufe préferve le Fer de la 3, Rouille &c.
Enfin j’ai encore à noter, que cet Infeéle, examiné & defiiné d' après le Verre Angiois Nro4. c’eft à dire par une Lentille de quatre Lig- nes répréfente:
TAB. LXXX. Les Epines, Piquans, les Piftile avec l'Ovaire '&c. 7*
a) la GrofTcur naturelle, b) la Figure groffie de ce Ver, avec cette Extrémité de la Queue marquée d’une Etoile, par laquelle il fe pend à la furface de l’Eau, c) Montre la Chryfalide au Natu- rel, d) Graille, d’où fort le Moucheron e) defïiné ici d’après Nature.
TABLE LXXX.
Les Epines, Piquans, le Piftile avec l’Ovaire &c.
de la Rofe*
Pour acquitter la PromcfTe, que j'ai faite dernièrement, je donne dans cette 8ome Table le Refie de? Curiofités de la Rofe , lesquelles m’a fourni le Microfcope à ma plus grande Satisfaction, Car remarquant que le Noeud de Rofe a) ne piquoit pas aufïi fort, que plus bas ali Com- mencement de la Queue ; je tâchai d'en découvrir la Caufc, & aïant faifi le Microfcope Nro4. je ne fus pas peu furpris de voir ce Bouton de Rofe, ou plutôt cet Ovaire , garni d’une infinité de petits Cônes , qui avoient à leurs Pointes des Globules transparens & Couleur de Rubis. Spectacle certainement aufïi magnifique, qu’intereffant ! J’ai examine' un de ces Cônes par Nro 2. & je le donne defîiné b). J’ai remarqué, que plus les Cônes fe terminoient en Pointe, & plus les Globules étoient pe- tits, Voi c) & que lors même que les Globules fe perdoient entièrement, la Pointe du Cône demeuroit encore rouge. Cela m’a fait conclure, qu’ il falloit que ces Globules rouges continfTent le Suc nourrifiier, qui for- moit & qui faifoit croître les Epines. Car tant qu’on apperçoit le Glo- bule à la Pointe du Cône , l’on trouve qu’il ne pique point, Mais desqu’ il fe termine abfolument en Pointe comme d) l’on commence à fentir U Piquure. Cependant ce n’eft pas là la feule Efpèce d’ Epines ou de Pi- quans , dont cette Reine des Fleurs foit armée. L’on en trouve une autre plus fine dans l’Interieur du Noeud , laquelle j’ai marquée dans fon
K 1 Affîétte
TABLE LXXX. de la Rofe.
76
Aflîétte naturelle dans i) & n) & grofïie dans e) & en Detail grofïie par î^ro 3. dans 1) & par Nro 00. dans m) m. Ces Piquetas femblent être deftinés à conferver les Grains de Semence o). Il eft même fondé en Expérience, que quand on coupe, ou qu’on ouvre une Goujfe de Rofe k) pour en tirer la Graine, comme dans n) & i) les Doigts en Tentent un Chatouillement affés fort ou uneEfpèce de Picotement, caufé par les petits Poils ou Filets luifans, qui s’ y trouvent. Or ces Poils font les piquons , que je trouve valoir la Peine de DeiTiner ici a *ec Soin. Ils font élaftiques & tranfparens ; ils brillent comme du Verre de Ve.nife filé & reffemblent à des cheveux de Tête blancs. Je ne veux pas fou- tenir, qu’ils foient creux, quoique je le préfume, laiffant au Leéteur à l’examiner de plus près.
Explicatio de la LXXX. Table
a) eft un Noeud de Rofe frais, auquel on a ôté les Feuilles & la partie d’enhaut, pour pouvoir voir plus diftinclement les Pi- quan s intérieurs e). Ce Noeud ou Ovaire a des Epines, qui ne font pas encore mûres, marquées grofïies b) c) & d) & dont la Structure intérieure confifte en une Infinité de Globules de Sève.
■i) font les Poils ou les Piquetas par lesquels la Graine ou le Fruit de la Rofe font environnés & gardés.
f) eft le Conduit ou le Style par lequel la Sève fécondante pénétre dans l’Ovaire & qui eft compofé d’un grand Nombre de Tuïaux capiiaires , Au delfus de celui-ci l’on voit
g) les petites Fermes fur lesquelles eft la Poufïiere fécondante, qui y crève & fait paffer par f ) la Sève qui en fort, dans
h) i) pour meurir ou féconder les Oeufs, les Embrions ou les Grains de Semence, qui font dans LOvaire*
kl eft
TABLE LXXXI. Miroir d’une Aile de Papillon, 77
k) eft un Fruit de Rofe mûr ou une GouJJè de Groffieur naturelle , le- quel eft dans 1) coupé horifontalement & dans n) perpendicu- lairement , pour en faire Voir les Grains de Semence, qui y font environnés de leurs Piquans capilaires .
l) répréfente dix de ces Piquans capilaires groflis par Nro &
enfin
m) m) en répréfente deux dans le plus grand Grofiffement par Nro 00. Les parties antheriques ou fécondantes de la Rofe, ont été données Tab, 77»
TABLE LXXXI.
Miroir d’une Aile de Papillon,
Un Vénérable Ecclefiaflique d’Eycbftaedt , qui m’ honore de fon Amitié, m’aïant fait Préfent, il y a quel Terns de deux Papillons très rares, dont les beaux Miroirs des Ailes font fous le Microfcope un Effet à en- chanter la Vue ; j’ai cru ne pas défobliger le Lefteur en lui en préfentanî ici Un, pour lui fournir une nouvelle Preuve, que peut-être Salomon dans fa plus grande Gloire, n’ a pas été vêtu auffî magnifiquement & d’une beauté aufli naturelle , que l’efl un de ces Papillons, Je ne ferai ici aucune Mention du Plumage & du Poil, ni de leur Forme & Figure, ni même de la variété de Couleurs, qu’ étale tout cet Infeéle. Un feul de fes Miroirs me fuffira pour le Coup, pour montrer & faire admirer l’Infinité de la Sageffe du Créateur dans fes Ouvrages. *
Je ne fais pas Difficulté de dire, que nul Peintre, quelque habile quTil foit, ne parviendra jamais à rendre avec fon Pinceau, l’Eclat & le
K 3 Feu
* Ce Papillon, auffi commun en Italie, que rare che's nous a été peint dans les Artm- femens fur les Infeïïes de Roeffel , premier Suplement Tab. XLV, oé il cft ap- pelle ; le Papillon blanc aux beaux Miroirs rouges, appartenant à la féconds Claffe des Oifaux de Jour. Il eji cependant plûtôt Conteur de Paille que blanc.
I
7 S TABLE LXXXI Miroir d’une Aîle de Papillon.
Feu du rouge, qu’étale ce Miroir. Quelle Nuance de Jaune, de Noir, de Rouge & de Blanc ! Quelle régularité dans leurs Couches ! La pre- mière Figure fait voir cette Tacbe avec bien d’autres fur toute l’Aîle du Papillon de Grofleur naturelle a), laquelle j’ai répréfentée dans b) grof- fie par le Microfcope de Marfchal Nro 4. Les Plumer Couleur de Paille du Bord font encore une Partie de l’Aîle j puis vient un Cercle de Plu- mes Noires, enfuite un autre de rouges, qui renferment le Miroir qui luit dans le Centre,
La fécondé Figure fait voir dans a) la Particule de la Peau de ce Miroir d’après Nature ; laquelle fe trouve groflie dans b) avec les Nerfs, qui la parcourent (Schwammerdam les appelle Trachées) & avec quel- ques Plumes qui y font reliées ; ou Ton peut voir les Trous des Plu- mes, qu’on en a arrachées. Je ne faurois finir cette Obfervation, fans inférer ici les Penfées excellentes, dont m’a dernièrement honoré dans une de fes Lettres, un Seigneur aufii Savant, qu’habile Minillre Impe» rial, Roïal Se EleéloraL
„ Je trouve toujours, écrit ce Grand Politique & Pbilofopbe ebretien , „ que l’Homme ne tient pas à beaucoup près le Milieu entre les Etres ,, infiniment grands & les infiniment petits, & que parconféquent il ne „ doit pas être plus glorieux, que d’autres Objets microfcopiques, qiq ,, ont certainement leur Prix aux Yeux du Créateur, qui peut-être ne „ regarde le Globe de la Terre, que comme une Goûte d'Eau, qui di- „ ftile d’un Seau, & dans laquelle nous autres Hommes fommes, fans „ doute, des Créatures encore bien plus petites, que celles que Mr. le „ Dotteur Hill, a apperçues par Millions dans une Goûte d’Eau & „ dont les Grandes mangeoient les Petites,
TABLE
79
TABLE LXXXH, Continuation des Polypes.
TABLE LXXXIL
Continuation des Polypes.
’ ai dit dans l’Explication de la 71™ Ejlampe , que le Polype a des Yeux:
& qu’ainfi il peut voir. Pour en faire 1’Expérience , il n’y- a qu’à
fuivre l’Avis de Mr. Tremblai; c’efl qu’il n’y - a qu’à attacher du Papier tout au tour du Verre à Conferve où l’on tient ces Créatures, en laif- fant un Trou rond d’un Côté* que l’on tourne enfuitc vers la Lumière, foit de la Fenêtre pendant le Jour, ou de la Chandèle, fi c’efl de Nuit; & l’on verra tous les Polypes fe tourner infenfibiement vers le Trou, en biffant l’Obfcurité derrière eux. Mais cela ne va pas fi vite, qu’on en puiffe attendre la Fin ; parce qu’il faut quelques Heures aux Poly- pes pour faire un Demi - pié de Chemin. D’ailleurs l’on n’a qu’ à leur jetter dans l’Eau des Pucerons ou des Serpenteaux à Pointes & on les ver- ra tout aufli-tôt, furtout s’ils font affamés, étendre leurs bras pour faifir cette Proie , dont ils font fi Gourmans:„
Mais ce dernier Experiment n’efï pas auffi fur, que le Premier avec le Papier autour du Verre, cet Effet pouvant facilement s’attribuer à l’extrême Délicateffe de leur Taél. Cependant j’ai vu à chaque Côté de la Tête du Polype une Tache ôbfcure, que je ne me puis empêcher de prendre pour fes Teux , quoique je pourrois bien me tromper dans ma Conjeélure.
Si les Polypes entendent, c’efl ce que je ne faurois décider, puisque tous les Effais, qu’on pourroit faire là defïus, ne feroient pas à Couvert de l’Objeéfion de la Subtilité du Taél. Car ce fens efl fi fort en eux, qu’ils apperçoivent & fentent le moindre Mouvement. Par contre l’on ne fauroit leur difputer le Goût & l’Odorat ; du moins je me trouve autorifé à le croire tant par leur grand Appétit, que par la Struélure fimple de leur Corps, dont les Globules leur tiennent Lieu de toutes les
autres
,8o TABLE LXXXII, Continuation des Polypes,
autres Parties organifées, qu’a le Refie des Animaux. Les Polypes ont encore une Propriété remarquable qui les diftingue de toutes les autres Créatures, c’efl leur Génération par eux même, leur Multiplication & leur JDivifion volontaire.
Cette Multiplication , furtout des Polypes bruns , fe fait de trois Manières, c’efl à dire:
par des Jets qui fortent de leurs Corps, à la Façon des plantes }
par la Divifion , lorsqu’un Polype fe partage de lui-même en Deux, & ainfi forme deux Individus ;
& enfin par une DiJJeHion fubtile, par le Moïen de laquelle, s’il étoit poffible de couper en cent Morceaux un fi petit Corps , l’on en feroit tout autant de Polypes.
Voici comment arrive la première Façon : D’abod il fe forme une petite Verrue ou Point au Côté du Polype. Ce Point va de Jour en Jour en grandiffant, comme un Bourgeon ou un Rameau, jusqu’ à ce qu’au Bout de if. à 20. Jours, il devienne un Polype parfait, lequel enfuite fe fé- pare de fa Mère. Cela fe fait ainfi : Lorfque la Mère s’eft accrochée quelque part par fa Partie de derrière j le jeune Polype s’accroche aulïi à quelque Lentille de Marais ou à quelqu’ autre Herbe, & puis la Mère venant à retirer fon Corps ou fa Tète, le Jeune refie pendu enfonLieu. Foi Fig. X. & Z. de cette 8*mc Eftampe , & alors il fe nourrit tout feul fans i’Affiflance de fa Mère.
Que bien des Pères & des Mères n’imitent-ils en cela les Polypes & d’autres Animaux plus grands , qui gardent auprès d’eux leurs En- fans, jusqu’à ce qu’ils puilfent gagner leur Vie, & puis les abandonnent à leur propre Soin pour chercher leur Entretien ! Il n’y-a qu’une Efpèce de Singes qu’on fait qu’ils aiment fi tendrement leur chère Race, que par Fois ils les étouffent contre leur Sein ; de là vient qu’on appelle
Amour
TABLE LXXXII, Continuation des Polypes. gr
Amour de Singe une Affeélion défordonnée des Parens pour leurs En- fans. Audi voit-on tous les Jours que les Enfans, qui ont été trop long-tems mignardés dans la Maifon paternelle, ne fe diftinguent guè- res dans le Mondes tandisque d’autres, qui ont été obligés de bonne Heure à avoir foin d’Eux memes & de leur Fortune, parviennent avec l’Affiftance du Ciel aux prémières Dignités,
Je reviens de cette Digreflion, pour faire encore remarquer, qu’il- y-a de Jeunes Polypes, qui portent d’autres Petits ; tandis qu’ils pendent eux-mêmes à leurs Mères. Je n’en ai vu dans l’Efpace de 6. Ans que io à 12. qui aient eu Fils & Petit-fils pendant enfesnble à leur Corps.
Au Refte les Petits grandifTent bien plus vite en Eté, qu’en Hiver, où il leur faut 6. à 8. Semaines ; tandis qu’en Eté, ils fe perfectionnent en i Jours, quelque fois même en 8. & en 4, Lorfque le jeune Poly- pe a 6. Jours, l’on voit déjà , qu’il effc en Etat d’en produire de Petits; & de là on peut calculer, à quel Point une Demi-douzaine de Polypes fe peut multiplier dans l’Efpace de trois Mois.
J’ai vû pendre au Corps d'un feul Polype 6. à 8. Petits. Ceux-ci, furtout en Eté, en mettent dans 15. Jours, eux même pour le moins 40. bas ; lesquels dans 3. Semaines , à bien peu dire, en peuvent pro- duire 120. & ainfi une Demi-douzaine de Polypes en produiroit dans 6. Semaines 710. Mr. Tremblai a fait là deflus toute une Table dans fes Mémoires .
J’ai dit ci-defius comment fe fait la fécondé Multiplication. Le Po- lype fe partage juftement par le Milieu ; mais rarement en eft on Témoin oculaire. La partie poftérieure prend au Bout de quelques Jours une Tête & des Bras, & devient un Polype complet ; de même que la Par- tie de devant s’allonge infenfiblement & prend une Queue.
La troifième Façon eft bien plus merveilleufe que les deux autres. Car quelqu’ inconcevable qu’il paroilfe, qu’un Polype fe puiffe dilfequer»
L COLl-
v
gi T AELE LXXXIL Continuation des Foîypes.
couper, déchirer en tant de Lambeaux, fans périr entièrement ; le Fait ne laide pas d’être certain. 11 n’eft pas même particulier au Polype; car l’on a découvert d’autres Créatures & principalement des Infeéles aquatiques, p. e. le Serpenteau que Mr. de Reaumur appelle à longue P que , & Mrs. Tremblai & Roeffeî, a la longue Ant'ene qui rejj'emhle à une Langue ; plus 'le Serpenteau en forme de Ruban , ou Mercuriale le Serpenteau rejjemblant a un fer & ■ Tltin ' dé Antènes furchues le Ver de Pluie & tant d’autres, que Mrs, Bonnet,. * Reaumur, Roelfel, Schaefer &c. ont fait connoître, lefquels fe multiplient aulîi par la DiiTeélion.
Des Amateurs qui voudront s’exercer à la Difleélion des Polypes, peuvent prendre un Canif, une Lancette , ou 'des Cifeaux bien fins <k bien affilés , h couper à leur Fantaifie des Morceaux de la Tête, du • Corps, de îaQucue, des Bras, pour-vû qu’ils le fafient avec Promtitude& avec la Précaution de jetter tout de Suite les Parties feparées dans l'Eau, où les Polypes ètoient auparavant & d’où on les avoit tirés. 11 faut aulfi avoir foin de leur donner d’autre Eau un jour & l’autre non; autrement ils prennent des Pous & puis c’en eft fait. En-quoi il faut éviter cie leur donner de i’Eau de Fontaine ou d’autre Eau coulante ou froide ; autrement ils meurent dans 24. Heures. Ils ne prennent pas ,,-ion plus tout d’un Coup leur Crû & leurs nouveaux Membres , il faut pour cela du Tems & de la Patience. L’on trouve dans Tremblai & Roeffel la Méthode très circonflanciée d’obferver d’un Jour à l’autre la P r ogre filon du Crû de ces Parties diiTequéer* Je ne ferai ici qu’ajouter quelques Conclufions que Mr. Tremblai a tirées de l’Examen dés Polypes; c'eft à dire que
j) les Polypes ont leur Principe de Fécondité, lors même qu’ils pen. dent encore à leurs Mères, que de là
2) il n’en faut point d’autre à un jeune Polype pour produire fes
femblables, après avoir quitté fa Mère. ; mais que
3) il fe féconde lui même d’une Manière incomprehenfible ;
4) que
* T traité d’Infeâoiogie &c, p M. Charles Bonnet. 2. Part. Paris 174?.
V
83
TAÈLE LXXXII. Continuation des Polypes.
4) que tous les Polypes font des Mères, qui fe fécondent d’ elles mêmes ; âinfi qu’il s’eft trouvé dans les Pucerons, que j’ai ré- préfentés Tab, XXV. De Sorte que
f) ces Créatures Portent de la Réglé, qui dit, que nulle Féconda tion ne peut fe faire fans la Coopération & l’Appariement d’un Mâle.
Mais, quoiqu’il foit très vrai, que j’ai vû de mes propres Yeux des Parties difformes dans tout le Corps du Polype , s’en feparer volontaire- ment, lefquelles s’eniaçoient les unes dans les autres ; & que j’ai plus d’une fois admiré la même Merveille dans des Parties qui en avoient été coupées ; tant qu’il ne fera pas fuffifamment prouvé, que les Poly- pes ne peuvent par être fécondés par quelque autre Efpèce de Créatures aquatiques j les Remarques de ci-deffus ne pourront paffer pour Prin- cipes inconteffables, & l’Hiftoire des Polypes & la parfaite Connoiffance ‘de leurs propriétés incomprehénfibles aura Befoin d’être mife dans un plus grand Jour.
Or quelques Amateurs m’aïant fait demander, n’a guères, que je marquaffe plus exactement, où l’on doit chercher & comment il faut examiner les Polypes ; j’ai l’honneur d’avertir, qu’il faut chercher la plû- part de ces Créatures dans les Eaux dormantes des FolTés, des Ruiffeaux & des Etangs*
On les trouve en Juin, Juillet, Août & Septembre ; l’on en trouve même de Bruns en Hiver. Lorfqu’on a une Fois un Verre blanc à Con- ferve, qui contienne du moins une ou deux Pintes, rempli de cette Eau dormante, il faut fe patienter pour le moins un Jour, jufqu’ à ce que les Polypes montent du Fond & paroiffent contre les Parois du Verre. Enfuite on les cherche avec une bonne Loupe de deux à trois Pouces & on les arrache avec un Pinceau, ou un Bec de Plume de la Paroi in- térieure du Verre ou de l’Endroit où ils fe font pofes, fans craindre de les bleffer ; puis on les met dans un Verre en Forme de Plat, telque
L a
ceux
48 TABLE LXXXIÏ. Continuation des Polypes.
ceux des Montres, & on les examine premièrement par le Microfcope Oeconomique, enfuite par le Compofé de Marfchal ou de Haertel, pour en diftinguer plus clairement toutes les Parties,
Pour tirer les Polypes hors des grands Verres à Conferve, je me fers utilement d’un Cylindre ou Sarbatane de Verre de la Grandeur d’un Pié ou d’un Pié & demi. Je tiens le Poûce bien ferre' fur l’Ouverture d’enhaut, comme fur un Siphon, puis j’enfonce tout doucement le Cy- lindre dans l’Eau à l’Endroit où eft le Polype ; enfuite avec l’Ouverture d’enbas, au Bord aigu, je de'tâche peu à peu le Polype, enfin je drefte tou- te l’Ouverture fur lui, j’ôte promtement le Pouce, de forte que le Polype entre tout de Suite dans le Tuïau , puis rebouchant l’Ouverture d’en- haut avec le Pouce, je fors mon Prifonnier hors du Verre avec l’Eau, qui étoit entrée avec lui dans le Cylindre, que je verfe dans la Glace à Montre, que j’ai toute prête. Voilà, fi je ne me trompe, un Moïen bien facile.
Aïant encore deflinê une Table à la Conclufion de cette Matière, pour y répréfenter les Polypes a.Buuquet, ou à Fleur & les autres Sortes de Polypes de Société ; c’eft là que je me referve de donner le Refie des Ma- nimens & des Secrets qui y ont Rapport ; ne pouvant pas m’e'tendre ici davantage.
Explication de la LXXXth Fflampe.
3t) eft un Polype brun tenant entre fes Bras un Serpenteau à Pointes , d’après Nature’, b) le même grolfi fous le Microfcope de Mar- fchal par la Lentille Nro 3. dont la Bouche eft répre'fentêe c) ' les deux Taches brun-foncé aux deux Cotés de la 1 ête & que je prens pour les Veux d) & les Bras au Nombre de Sept e). f) h) répréfentent dans le Grofliffement de ci devant &g de Gran- deur naturelle, le dit Serpenteau dont les Polypes font fi friands,
i) k) 1) m) font des Puces d'Eau vertes, rouges, cornues ou
rameu-
TABLE' LXXXII. Continuation des Polypes.
rameufes & des Porte -Grapes, que les Polypes engloutiflent aufi'i en Quantité, de forte qu’on en voitfouvent 10. à 12. dans le Boïau d’un feul Polype.
n) ed un Polype qui ouvre extrêmement la Gueule pour engloutir une Proie de beaucoup plus grande que lui, lequel dans cette Aèlion reffemble à un Gobelet ou à un Entonnoir , dans o) & p) l’on voit des Polypes tout roides d’avoir trop mangé , refTem- blant à des Sacs plein de Choux ou à des 7 rognons de Raifort . Ils ne Font dedinés ici que d’après la Loupe ,
q) r) s) t) & u) montrent la Marche de ces Créatures ; car lors- que Fig t) ils font fur leur Partie de derrière, ils pofent leur Tète auiîi loin qu’ils peuvent faifant la Figure d’unAjrc Poi q) ; puis foulevant le Derrière, ils l’approchent autant qu’ils peu- vent de la Tête toi r , Enfuite, ils relèvent la Tête Vo\ s) h. continuent ainfi leur Marche Voi t) jufqu a ce qu’ils arrivent là où ils veulent aller. On les voit auiîi quelque-fois faifant la Figure d’un Cor de Pofie P'oi u) ; fans parler de tant d’autres Chan- gemens, qu’il feroit trop long de rapporter. Ils pofent leurs Petits prcfque de la même Manière. Le vieux Polype s’attache par la Tête & par la Queue en Demi-Cercle, à quelque chofe qui lui convient, & lorfque le jeune Polype , qui lui pend vers le Milieu du Corps , s’ed pareillement accroché avec fes Bras au même Lieu ; la Mère lève ou la Queue, comme dans x), avec force, ou elle retire promtement la Tête, comme dans z) & fe défait ainfi de fon Petit, qu’elle laide là feul. A) B) C) font trois Répréfentations de diverfes Têtes de Polypes, D) un petit Morceau de Beau de Polype, telle qu’elle fe préfente par dedans, ici fort grodie. Et E) félon Mr. Roedel, ed une Ex - crefcenfe qui Vient au Ventre ou au Corps du Polype, laquelle
L 3 annon-
8& TÀB. LXXXIÏÏ. Trois Ëfpècés d’Animakules d’Eau limonneufe.
annonceTa Mort prochaine, étant une Maladie de c'étte Créa- ture.
TABLE LXXXIII.
Trois Efpèces d’Animalcuies cT Eau limonneufe.
es Créatures gravées fur cette 83me Eftampe fe trouvent prefquc
dans toutes les Eaux dormantes & marêcageufes, a) eft la Figure ' . !■ naturelle d’une Araignée d'Eau brune, qui Te diftingue de toutes les autres
parla Longueur de fes Jambes ; elle n’efl pas de la GrofTeur d’un Grain de Chenevi. La Figure b) la répréfente groffie par Nro y fous le Mi- çrofcope de Marfchal, avec fes fix Taches furie Dos, qui ne font en Ef- fet , que des Parties tranfparentes de fes Inteftins. Elle a une Paire d’Yeux blancs, deux Antènes & huitPiés aufîi tranfparens, que le Verrc^ &, garnis de Poils très fins à chaque Jointure. Elle efi très agile dans fes Moijvemens & elle peut ramer avec la Viteffe d’une Flèche aufîi bien fur la Furface, que dans la Profondeur & au Fond de l’Eau.
, C) Montre une autre petite Araignée d’un rouge paifaitemènt beau, & qui porte un Y fur le Dos. Elle a pareillement deux Antèhes, huit Pies garnis d’un Poii fin, & une Paire d’Yeux reluifans. Elle parort in- comparablement plus belle dans l’Eau que dehors, & fa Marche ne dif-
« -
fère en rien de celle de la Brune de ci-deffus. Elle fe voit dans fon Grof* fiffement d). Mais e) ett P Animalcule a petits Tuiaux , que d’autres appel- * lent aufîi Animalcule a Trompette. Il efi: à certains Egards digne de Corn- paflion & d’Admiration. De compafïion en- ce qu’il faut qu’il traine fa Prifon, jufqu’ à ce qu’il fe métamorphofe. D’Admiration, à Caufe de la Struélure fubtile qui forme l’Enveloppe de cette petite Créature. Car comme j’ai vû moi- même diverfes Efpèces de ces Animalcules, j’ai aufîi remarqué différentes Struélurès &Façons de leurs petits Tuiaux ou Loges. 11 y- a de ces Créatures qui ont des Fiés ; d’autres qui n’en ont point &cc. Les Goujjes ou Trompettes , où elles fe tiennent font liffes ou rabotceufes, tantôt en Cylindre, tantôt en Cône, tantôt en Peloton,
tantôt
TABLE LXXXIV Deux Efpèces de Sangfues Microfcopiques. 87
tantôt en Piramidc, tantôt tachettées & tantôt d’une feule Couleur. H y-en a qui font faites, avec la dernière dextérité', de Mortier, d’Argile, de Sable, de Terre & de Limon ; il y en au d’autres, qui le font de fine Moufle de Limon, d’Herbe pourrie & de petits Morceaux de Bois. Je tiens la Préfente marquée f) dans Ton Groffiffement, compofée de Mouffe de Limon & d’Herbe pourrie.
11 feroit affés difficile de décider, pourquoi la Nature a deftiné cet Infeéte à trainer ainfi fa Maifon ou fa Prifon dans l’Eau, jusqu’ à ce que la Métamorphofe lui donnant des Ailes, elle puiffe -s’en délivrer h s’en- voler. Cependant il n’y a point de Doute, que ce petit Infeéle ne puilfe donner à un Amateur de la Phifique Matière à des Reflexions édifiantes. Car qu’eft ce dans le Fond que nôtre Corps, qu’une Goujjè , ou nôtre Ame languit comme dans une Prifon, en attendant fa Délivrance?
TABLE LXXXIV.
Deux Efpèces de Sangfues Microfcopiques.
Les Gens de la Campagne, les Fermiers, les Bergers , les Pêcheurs, les ChalTeurs & les autres Oeconomifies, peuvent dire des Nouvel- les du Ravage que font les Sangfues, qui fe tiennent dans les Eaux crou- piflantes des Marais, des Etang, des Viviers, & des Refervoirs. Mon- fieur le Doéteur Schaefer 1 de Ratisbonne , fi célébré par fes Recherches naturelles, a décrit avec foin dans un Traité particulier publié en 1752, ^ts Sangfues qui fe trouvent dans le Foie des Brebis, & la Maladie, ,que cette termine leur caufe. Il a dépeint très exactement ces Créatures pernicieufes , , & les a trouvé Hermaphrodites , qui ont les deux Sexes. Si les Sangfues font le Fléau des Brebis, elles ne le font pas moins des Etangs &<Tes Viviers. Car dès qu’elles fe mêlent parmi les Poifions, il n’y-a pas Moïen de s’en défaire, qu’en netoïant &: en creufant même de nouveau l’Etang ou le Vivier ; encore faut-il quelque fois lui donner un nouveau Fonds. , Elles s’établiiTent dans le Foie des P ères d quatre Piés, St elles y parviennent par les Conduits du Fiel ; leur Propriété à fe rendre
a u ffi
88 TABLE LXXXIV. DeuxEfpèces de Sangfues Microfcopiques.
aufîi effilées & minces qu’il en eftbefoin, leur facilitant le Moïen de pafler par les VaifTeaux les plus étroits. L’on en a trouvé dans des Boeufs, des Vaches, des Cochons & de gros & menu Gibier. Mais pour les PoilTons , elles s’attachent derrière leurs Ouïes, autour de leur Cueuley comme auffi dans leurs Parties intérieures. Elles ôtent aux Créatures dont elies fe font emparées , toute leur Subflance & les fuccent tant qu’enfin elles meurent de Foiblelfe & d’Epuifément. Ce qu’efl cette En- geance entre la Vermine, les Ecornifleurs , les Flateurs Sc les Flagor- neurs le font entre les Hommes. * Les uns font autant de Mal que les autres. Ce font des Ennemis fecrets, qui trouvent de la Satisfaélion à la Ruine des autres Créatures ; & un Homme faux ne fauroit être mieux comparé, qu’ à une Sangfue. Je m’en vai prouver ce que j’ai avancé par un fait qui m’eft parfaitement connu.
II*y-a quelques Années qu’une pauvre Fille gardoit un Troupeau de Cochons à quelques Lieues d’ici. Ces Animaux aïant été par Hazard chartes dans un Etang voifin, par un Chien, qui les artaillit en aboïant; l’Enfant, qui pouvoit avoir io, à n. Ans, en Peine pour fes Cochons, entra dans l’Etang, pleine d’Angoilfe & en fit fortir fon Trupeau ; mais en même tems fes deux Piés fe trouvèrent tout couverts de Sangfues qui s’y étoient attachées. Sortie de l’Eau, elle rertentit des Dbuleurs fi violentes, qu’elle en perdit incontinent l’Efprit, Pour comble de Mal- heur, il fallut qu’elle refiât plus de trois Heures dans cet Etat, jusqu’à ce qu’il vînt un Baigneur qui la Saigna au Bras, & qui après lui avoir ar- raché les Sangfues , fit de fon mieux, pour la foulager par des Remedes lenitifs & confortans. Elle fut cependant prés d’un An à revenir à fon bon Sens, qu’elle reprit enfin peu à peu à Force de Soins, que lui don- nèrent des Voifins charitables.
Mais pour ne pas larter la Patience du Leïïeur en lui faifant trop attendre l’Explication de cette 84me Ejîampe, je lui dirai tont de Suite,
qu’un
* Scire volant fecreta donaus, atque Inde ttmeri, Juven-Sat, 3,
TABLE LXXXIV. Deux Efpéces de Sangfues Microfcopiques, 89
v* . - _ ■ > , 1 1
qu’un de mes Amis, que j’honore & confidère infiniment a eu la Bonté,
il y-a quelques Semaines, de m’envoïer deux de ces Vers a) & de m’aver- tir, qu’en vuidant une petite Carpe, l’on y en avoit trouvé Sixhc. J’ai d’autant plus d’Obligation à monilluftre Ami de cet Envoi, que j’avoue, que bienque je connoille plus de 20. Efpèces de Sangfues , je ne pus d’a- bord me refoudre à mettre ces Ver> dans cette ClaflTe. L’Oeil nud fuffit, pour les voir comme des Vers tachettes ; mais cette Peau glutineufei à la Fa- çon de celle du Limaçon, &: qui caraélérife la Sangfue, ne peut fe remar- quer qu’ à l’Aide du Microfcope. Aïant donc mis mes Hôtes dans une Glace à Montre fous le Microfcope de Marfchal, je remarquai bien-tôt, que c’étoitune Efpèce toute particulière de Sangfue, qui fe diftinguoit de beaucoup des autres Genres. Car les 2. Plaques glutineufes pleines de Glandes, que l’on voit à leur Tête & à leur Queue, je ne les ai remar- quées à aucune autre Efpèce, a) ER donc une Sangfue, quiparoît en vou- loir le plus aux Poiflons, puisqu’ elle a été trouvée dans la Carpe, b) c) La montre dans deux autres Attitudes, les unes & les autres d’après Na- ture. d)En montre une autre extrêmement allongée, confiderée par Nro ç, & e) la même grofïïe par Nro 3. Les 4. Taches noires qu’on voit fur la Tête ne peuvent palier pour des Yeux ; car j’en ai compté 16. fur la Plaque plilTée de la Queue. Mais j’ai vû une autre petite Ta- che à chaque Côté de la Plaque de la Tête, fur le devant, lesquelles j’ai, merois mieux prendre pour les Yeux de ce Ver. Je les ai marqués de 2. Etoiles, g) Eft la Plaque de la Qqeue en Forme de Coquille ; fur la- quelle la Sangfue peut fe tenir toute droite. Elle s’étire jufqu’àla Grcf- feur d’un Bout de Fil , & fe peut auffi concentrer comme une Boule, Qualité commune à toutes les Sangfues. h) Efl le Deifous de la Tête, & i) la Plaque de la Queue., un peu retrefiie, parce qu’elle a été exa- minée, feparée du Corps. Elle eft toute compofée de Glandules , ainfi que je le fais voir par un petit Morceau grofii dans r) & qui au Natu- rel avoit la GrolTecir d’un Grain de Chenevi.
M k) eft
90
TABLE LXXXV. Le Moucheron dit le Coufin,
k) efl encore une Efpèce de Sangfues la plus petite de toutes & très peu & même point du tout perceptible à l'Oeil nud. Quand elles font bien étirées, elles reffemblent à des Fils d’Araignée bien Fins,l)m)n) jes répréfentent examinées parle Verre Oeconomique, o)p) par le Mi- crofcope compofé, & q') par Nro o. de mon Nlicrofcope manuel avec le Miroir de Réflexion, Tout leur Corps efl blanc & transparent, & l’on remarque en dedans un Inteflin particulier, qui efl brun jaunâtre, au Milieu duquel l’on voit de longs Tuïaux s’étendre, en neuf Branches de chaque Côté, qui reffemblent à des Bois de Cerf, ou a des Rameaux gar- nis de Feuilles, Elles fe concentrent fl bien, qu’elles ne font qu’un pe- tit pointj & qu’ainfl il n’y- a pas Moïen de les découper.
TABLE LXXXV.
Le Moucheron dit le Coufin.
Aïant promis dans une de mes dernières Feuilles de donner grofli le Moucheron , que j’ai répréfenté d’après Nature dans la 79me Eflam- pe Fig. e , je livre ici cet Infeéle, qui a tant de Parties qui méritent l’At- tention des Amateurs du Microfcope, La Tête a) a chaque Côté un gros Oeil verd b) à Facettes Hexagones, comme ceux de la DemoifeUe. Tout contre fortent de deux petites Bofles les Antènes c) dont chacune a flx Jointures & qui font garnies d’un Poil très fin furtout vers la Pointe, Entre celles-ci il- y- a encore deu x Branches plus groffes, garnies de Plumes violettes d) qui ont l’Aiguillon entre deux, & qui n’ont que trois Jointures. L’ Aiguillon e) qui efl, comme je viens de dire, entre deux, efl pareillement couvert de Plumes en Guife d Ecaille de Poif- fon ; mais je n’y ai point re-marqué de Jointures. Aufli n’eft ce à pro- prement dire , que la Gaine du Véritable Aiguillon f) qui fe fait fi bien fentir & à Gens & à Bêtes. Il efl fl rond, fl uni & fi pointé, qu’on n’y voit pas la moindre Inégalité même à l’Aide des meilleurs Verres.
Schwam-
TABLE LXXXV. Le Moucheron dit le Coufin. çr
Schwammerdam l’a anatomifé & fait graver à Cinq Angles *. J’en mets ici la Copie g) car je n ai pas encore pu parvenir à en faire l’Experi- ment. Schwammerdam a cru, que ces cinq Angles fervoient, comme autant d’Antènes pointues, à élargir les Pores & par leur Mouvement répété à rendre le Sang, qui eft dans la plaie, plus propre à monter dans le Tuïau. L 'Aiguillon n’a pas la même Grandeur dans tous les Mouche • rons. Il y en a qui l’ont aufli court , que le Pou ; & les Amateurs des Recherches naturelles, n’ignorent pas qu’il y-a une infinité de differen- tes Efpèces de ces lnfeéfes. Au deffous de la Tête eft le Cou h) qui joint le Dos i) lequel eft garni de Poils les plus fins. Aux deux Côtés du Dos font les dîtes k) &au deffous les deux petits Marteaux 1) avec les- quels ils forment leur Bourdonnement **. Ils font blanchâtres & fem- blent être gonflés & tendus. Le Ventre n) a huit Anneaux & n’ eft pas couvert de Blumes, mais de Poil o). Les fix Fiés m) font pareillement ornés de Poil brun, dont les Extrémités font armées de deux Ongles crochus fort aigus. Quelque dangereux que l'Aiguillon rende cet In» fette, il ne lailfe pas d’être très divertiffant au Naturalifte, le Microfco- pe à la Main. Il n’en faut qu’une Aile pour l’attacher bien long-tems. Il n’y-a pas Plume qui foit capable de décrire toutes les Beautés que la Sageffe infinie répand ici. La Membrane del’aîle entrelacée des Nerfs & des Pores les plus fins, l'Infinité de petites Verrues, dont elle eft parfe- mée & qui font ici marquées par des Points, les magnifiques Plumes qui décorent l’Aîle, Veulent être plûtôt Vues, que lûes, lorfqu’on veut fe former une Idée de la Pompe qui y régné. La Planche anatomique , com- me aufti le AJicrojcope en Forme de Compas , font ici d’un très grand Ufage, pour pouvoir y mettre tout le Moucheron, ou feulement la Tête & i’Aîle & les examiner à fon Aife.
M 2 TABLE
* Bible de la Nature Tab. XXXII. Fig. III.
** L’on en verra davantage dans la 3, Part, à l’Explication de la 4*me Tab. Fig. A.
B. C. D.
TAB. LXXXVI. Singularité du Sable de Mèr au de Coquillage* TABLE L XX XVI.
Singularité du Sable du Mèr au de Coquillage.
M’ étant mis il-y-a quelque Tems à trier, pour un certain Ufage, de ces Globiiles , qui fe trouvent à Foifon dans le Table de Mèr d’Arimini, & les aïant jettes dans une Glace à Montre, pour les netoïer de la Poufïière avec de l’Eau, où je n’avois mêlé que trois Goûtes d’Eau forte ;j’apperçus tout d’un Coup un certain Mouvement, qui fixa mon Attention* ]e vis même, l’Oeil nud, qu’à Mefure que je verfois de l’Eau-forte dans la fraîche , qui êtoit dans la Glace, les petis Globules qui y étoient fe mettoient en Mouvement. Mais ne pouvant rien di- fiinguer à Caufe de leur Petitcffe, je le mis fur la petite Table fous mon Ferre Oeconomiquc, ou, fi l’on veut, ma Loupe , defignée ici Fig* dj & dans la 70me Table Fig. a). C’eft par-là que je découvris un véritable Peu d’ar- tifice fur l’Eau ; c’efi: à dire que mes Globules firent fur l’Eau le même Effet qu’y font les Grenades allumées, avec la feule Différence, qu’au Lieu d’ Etincelles de Feu, ce n’étoit que des Vapeurs & des Particules d’Eau qu’ elles vomiffoient. Si ce Speéïacîe me divertit, je ne fus pas moins fur- pris des violens Entrechocs de ces Globules & de la Motion, par la- quelle l’Air du Dedans les portoit avec Impetuofité, à caufe de leur Fi- gure ronde & de leur Subftance Alcalique, tantôt en haut & fur la Sur- face de l’Eau, tantôt dans le Fond de la Glace à Montre, tantôt du Long tantôt du Large &c„ Comme l’On voit un Ballon ou une Boule de Fer, qui étant jettée de Force contre un Fond foiide, rebondit en l’Air, c’ eft ainfi que faifoient mes Globules ; & cette Comédie dura près de Demi, heure, de forte qU’enfin je pus les deffmer à mon Aife fous le Microfco- pe compofé. Cette 86me£il:ampe répréfente dans a) & b) ces Globules d’après Nature ; mais c) en montre un, tel que le préfente le Verre Geconomique d). Sous celui de Marfchalpar contre un de ces Globu- les non lavé fe préfente comme dans e) & un autre purifié dans l’Eau avec les Particules d’Air & d’Eau qu’il vomit, comme dans f) grofiîspar la Lentille Nro 3. Pour la Glace de Montre grollie, je l’ai répréfentée
par
TABLE LXXXVI. Singularité du Sable de Mer ou de Coquillage. 9? *
par g") avec tous les Globules ou Echinites , autant que la place l’a pu permettre.
Mais avant que de paTer à l’Explication de la 87nie Eflampe, je m’en vai communiquer au Leéleur une Lettre que m’a fait l’Honneur de m’ecrire Monfieur Wagner Confeiller intime & Premier Médecin du Serenifîime Marggrave de Bayrcuth & laquelle fervira beaucoup à l’E- clairciifement de la*préfente Eflampe.
, Je ne faurois prendre pour des Herifïons ( Ecbinus ) les Globules de la Mer Adriatique d’Arimini dont Mr. Janus Plancus , mon intime 3, Ami, fait Mention dans fon Traité de Conchis minus notis , dont j’ai l’hon- neur de Vous envoïer un Exemplaire pour Vos Étrennes. Et bienque cette Opinion parodie très vrai femblabie à cet illuflre Savant , je ne puis y entrer, 1) parcequ’ils font ronds & unis, & qu’ils n’ont point de Piquans (caraélère diftinclif des Heriflons ( Echinus ) d’avec les au- tres Oftra-codermates ) ni de Soies ; même avec les meilleurs Microfco- pes, l’on ne peut découvrir les Stigmes ou Bojjes fur lesquelles ils au- 0 roient repofé. 2) Parceque plufieurs n’ont point du tout d’Ouvertu- 5, re, & que la plupart n’en ont qu’une, au Lieu que les Heriïïons en 3, ont deux, dont l’une répreTente la Bouche & l’autre l’Endroit de Y 3, Evacuation. Je ne trouve donc à quoi mieux les comparer qu’aux ,, Oeufs d’Efcargot. Car non feulement nos gros Efcargots manduca- „ bks, mais encore ceux de la plus petite forte, ont de petits Oeufs ronds, unis & quelque peu oblongs , dont les uns font de la Gr odeur d’un petit Pois, d’un Grain de Moutarde & même de Pavot blanc ; ainll que j’en ai ramaffé de differentes fortes dans la Terre & deffus la j, Mouffe ; parmi lefquels j’en ai trouvé qui avoient de petits Trous.
„ En 1738. J’en écrivis mon Sentiment à Mr. Jan. Plane. Mais J3 il croit toujours, qu’il n’y-a que la Volaille, qui ait des Oeufs à Coque , & „ que le Poiffon, l’Ecrévide, la Moule, l’I fargot & qu’en un Mot tous
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94 TABLE LXXXV’II. Deux Sortes de Polypes à Bouquet.
si les Reptiles n’oiu que des Oeufs mois ou tout au plus cartilagineux, „ L’onpourroit cependant lui prouver le contraire par ceux du O'oco- „ dite y du Lézard , de la Tortue & de nos Efcargots, 11 eft vrai, que les „ Oeufs de l’Efcargot & du Lézard, dés qu’ils font pondus, paroiflent „ n’avoir qu’une Pellicule à Demi tranfparente. Mais aufiitôt qu’ils font 5, fecs, ils prénent une Coque opaque & fragile, qui eft d’une épaiffeur „ aflfés confidérable dans les Oeufs du Crocodile. Qr puifqu’on trouve „ dans le Sable du Rivage d’Arimini Quantité' de tre's petits EfcargatSy & „ qu’en pîufieurs autres Endroits fur les Bords de la Mèr Adriatique, entre autres aux Lacunes de Fenije & à Comachio il s’en trouve des s» Quantités exhorbitantes, je n’ai pas de Peine à concevoir, d’où vient „ cette Multitude innombrable de Corpufcules ronds. Je fuis &c.
Il me femble, qu’il n’y -a gueres rien de raifonnable à oppofer à des Penfées fi juftes & fi naturelles.
TABLE LXXXVII.
Deux Sortes de Polypes à Bouquet.
Mon Deffein n’aïant pas été de m’étendre fur une Matière, qui a été fi amplement traitée par tant d’autres Naturalises ; je ne puis cependant refufer à quelques Amateurs, qui fouhaitent que je touche tout ce que j’ai vû & remarqué fur les Polypes , de conclure mes Obfer- vations par une Defcription & une Répréfentation des prétendus Poly~ pes à Bouquet & à Colonies, ce qui va faire l’Objet de cette Eftampe & de la fuivante.
L’on voit donc dans cette 87me Table deux Sortes de ce qu’on ap- pelle Polypes à Bouquet, Mr.Backer les nomme les Bêtes d Campanelle, d’au- tres les Polypes à Manchettes & encore d’autres les Polypes d Fleurs, Or pour montrer la Manière la plus facile de tirer ces Créatures de l’Eau } j’ai mis a) un Urinai , dont j’aime mieux me fervir que de tout autre,
parce
TABLE LXXXVIÏ. Deux Sortes de Polypes à Bouquet,
parce que lorfqu’ il eft plein d’Eau, fa Figure en Boule accafione un Efpèce de Groifilfement, qui aide à reconnoître les Animalcules qui s’y trouvent. L’ on y enfonce le petit Tuïau de Verre blanc c) & l’on Pro- cède comme il a été dit dans l’ Explication de la LXXXIIme Eftampe , & comme on a contume de faire avec chaque Siphon, Car dès qu’enlevant le Pouce b) l’on attire l’Eau, le Polype d) qui fe tient au Fond du Verre ou à l'Herbage f) entre auffi dans le Tuïau ; après quoi on le peut ver- fer dans un Verre plus petit mais propre.
Dans cet Urinai a) j’ai répréfenté d) l’Efpèce la plus commune de Polypes à Bouquet. Pour la fécondé Efpèce, qui eft plus rare, & qui fe diftingue principalement de la première, Jpar fa Demeure ou par fon Corps , elle eft definée e) & f ).
Les premiers confiftent en deux Parties principales, i) le Corps & î) les Créatures vivantes qui y font. Je ne prétends pas décider, filon peut leur donner à jufte Titre le Nom de Polypes ? Si l’on prend l’Etui h) g) pour les Polypes & les Animalcules 1) n) x) w) pour leurs Bras ou leurs Piés ; cela peut s’entendre. Mais comme je fuis perfuadé que chacune de ces Créatures, ainfi qu’il fe voit dans n) & w) peut vivre, marcher & nager en fon particulier, fans qu’on y remarque la moindre Trace de Bras ou de Pié ; il refte à favoir, fi ces Etres vivans font des Créatures indépendantes, ou fi elles ne font que des Parties d’un autre Tout ? & fi ces Tuïaux bruns g) h) H) font en Effet des Corps vivans, ou feulement des Etuis ou des Celules , que ces Créatures n) x) à l’Imita- tion de tant d’autres Animaux fociables , ont ramaffées & conftruites pour leur Demeure ? Pour moi, je crois le dernier, bienque Mr. Trem- blai * & d’autres foutiennent avoir vû dans ces Celules des Inteftins, qui montroient un Mouvement périftaltique.
Il eft vrai qu’on y voit certaines Parties, que peuvent fe prendre
pour
* Tremblai Mémoire III, PI. io. fig. p, pag. 2 12,
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pour des ïnteflins. Mais feu Mr. Roeffel & moi avons très fouvent ex- amine' ces Parties, fans y avoir jamais pu trouver les Qualités, qui de- fîgnent p. e. un Ejlomac ou un Boïau. Car non obflant la Voracité des Polypes à Fleurs , je n’ai dans toutes mes Obfervations, pu appercevoir le moindre Aliment dans ces fortes de Parties. J’ai donc marqué q) & r) les prétendus ïnteflins & par p) les Alimens bruns & verds, qui defeen- dent ordinairement dans le Tuiau principal de l’Etui, h) H) lequel pour- roit bien être le Magazin, où les Polypes ramaffent leurs Provifions.
C’étoit aufB le fentiment de feu Mr. de RoefTel, que ce Tronc en For- me de Rameau de Corail, n’étoit que la Demeure ou l’Etui des Animal- cules à Fleurs , divifé en plusieurs Celules. Suivant cette Opinion, que je ne veux obliger perfonne d’admettre , ma Divifion de çi-deffus pourra avoir Lieu*
Quant aux Animalcules mêmes, ils font diflribués en differentes Colonies dans ce Tronc, comme on peut voir dans i , & iis ont la Fa- culté, de pouvoir fe défaire & fe feparer du Tronc principal, pour for- mer leur Bouquet ou leur Colonie particulière.
Par Exemple g) marque un Tronc de trois Colonies, pris d’après Nature ; aucontraire h) en a neuf, examiné par Nro p. fous le Micro- feope çompofé»
La Matière dont le Tronc lui même efl compofé, eft très limon* oeufe, gluante ou aqueufe & fe fond bientôt, fi on la met dans un Verre fec. 11 paroît n’être fait que de Limon, de Racines pourries & d’autres femblables Matières, comme l’Etui de l'Animalcule à Tuïaux, ou à Trompette," Cependant il efl tranfparent, & l’on y peut voir fort diftinélement defeendre les Alimens & s’y pofer, tout fon Canal étant fouvent rempli de Matière brune & Verte, qui n’eft que la Graine des Lentilles de Marais, qu’on trouve fous la Feuille , & qui efl brune, ou la Fleur des mêmes Lentilles, qui efl verte, & qui pend au Bout des
Queues.
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Queues. Avec le Secours d’un bon Microfcope, l’on peut voir claire- ment, que ce Canal en renferme un autre ; que celui de dehors eft plus délié &plus tranfparent, & celui de dedans d’un brun-clair.
Ï1 confifle encore en plulieurs Rameaux particuliers , dont chacun a fon Effaim de Polypes. J’ai delfmé H) un pareil Tronc à quatre Ra- meaux autant groffi, qu’on le peut obferver par Nro i. Ces quatre Ra- meaux fe préfentent avec leurs Colonies en autant de Variations. Cha- que Rameau termine fon Extrémité par un Anneau ou Collier Voi A) A) A) A), qui efl bordé par en haut & par en bas d’un Orle qui refiemble à un Poignet de Alancbette. L’on voit d’abord au-delTus de ce Collier les
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Parties q) r) qu’on prétend être les Inteflins. Mr. Roeflel a crû que c étoit le Refervoir aux Excremens., C’eft dans cette Efpèce Collier, que demeure toute la Colonie enfemble ; & il y-a telle Celule, où j’ai com- pté 40. ^o. jusqu’ à 6 o. de ces Créatures. Quand toute une Celule fort à la Fois , & fait une Efpèce de Roue de Paon, elle refiemble i la Figure 1) mais quand elle self retirée comme dans k) l’on voit, comme il eft montré dans L) en haut l’Ouverture du Collier & au -défions ces Créatures, qui s^y font enfoncées, & qui prîtes feules, reffemblent afiTés à des Anguilles de Colle ou à des S. S. fe préfentant toute fois aufli fous d’autres Poftures tortues St ferpentines. Quand elles fe pavanent com- me dans l) elles font fouvent un fort Tourbillon dans l’Eau ; St c’efl ainfi qu’elles attirent, comme par un Entonnoir } les Particules les plus déliées des Plantes St des Grains de Semence,
»
Pour les chercher il faut fc tenir extrêmement coi & tranquille Sc ne fe pas impatienter ; car au moindre Mouvement, ils fc rétirent dans leurs Celules, & puis il faut allés long-tems attendre, juiqu’ à ce qu’ils reparoi fient.
Il efl aulîi bon de pofer le Verre à Gonferve ou la Glace de Montre,
dans une certaine Elévation , que l’on puifTe examiner par delfous les
N Lentil-
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Lentilles de Marais avec la Loupe, Car ceux ci comme les autres Ani- malcules de Marais, fe pendent pour la plupart au Fonds ou au defious des Lentilles, parceque c'eft là qu’eft la Graine , dont ils fe nourrifTent ; mais fourtout il faut prendre garde de ne pas mettre le Verre fur une Table ou autre Lieu qui branle car ils ont tant de Sentiment, qu’ils s’apperçoivent de tous les Pas que l’on fait dans la Chambre.
Le Tems le plus fur d’en trouver, c’eft Juin, Juillet & Août. Quel- que-fois ils fe pofent contre les Parois du Verre, quand il commence à devenir craffeux, Ils ne fouffrent pas la Diffeélion, mais ils fe parta- gent bien eux mêmes, &. ils mettent aufli de Jeunes Troncs bas.
Leur Couleur efb Blanche, comme du FiL fin blanchi. Ils nagent dans l’Éau tant feul à feul, que par Colonies ; mais au moindre Mouve- ment, ils fe retirent enfembie dans leurs Celules, par le Tuïau qui eft dans l’Anneau ou Collier, & s’y cachent avec toute la Promtitude qu’ ils peuvent.
La fécondé forte eft bien plus difficile à trouver, que la Première; car le Tronc brun ou le Rameau de Corail, qui fait connoître les Pre- miers, ne fe voit pas dans ceux-ci ; mais à fa Place l’on ne voit qu’un petis Monceau de Limon presque rond , d’un brun très pâle et même fouvent d’un blanc jaunâtre. Voilà ce qui conftitue le Corps ou la Struélure de l’Habitation des Polypes à Fleur de la Seconde Efpèce. L’on n’y voit ni Bras, ni Bracelets, mais feulement de petits Boutons faillans, hors defquels ils montrent leurs Bouquets, ou Pannaches. Il n’y-a que Mr. Roeffel , que je Sache, qui ait décrit cette Efpèce ; c’eft auifi chés lui que je la vis pour la prémière Fois St que j’appris à la connoître ; j’en ai depuis trouvé tous les Ans dans le Nonnen Garten (Jar- din des Religieufes) d-ns P Etang du Couvent de Ste Catherine . Leur Grolïeur eft marquée dans cette 87me Ffîampe Fig. S) S) quoi qu’un peu
au de là du Naturel. Ils fe tiennent la plupart du Tems ou Fonds du
Verre
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Verre dans le Limon , St fi l’on n’a pas bien de la Patience pour attendre qu’ils fe montrent, on rifque de les manquer. Leur Corps efi: plus opa- que au Milieu, que dans la Circonférence, & il adivcrfes Taches comme on Voit dans V) mais ce n'eff pas dans tous. J’ai pris cej^Tachespour des Ecofies fuccées de leurs Alimens. Leurs Pannaches ont aufii tout autre Façon, que ceux de la première Elpèce, & forment d’ordinaire une Paire d* Ailes, parfois aufii un Paquet de Rubans ou de Feuilles blan- ches, des Fois même une Manchette ou un Plumet , J’en ai delfiné diver* fes Figures, telles que je le* ai exaélement obfervées j comme l’on ver- ra t) tt) U; & V).
J’ai marqué feparément d’un W) leur Combinaifon en Forme d’AL les & d’un X, leur Mouvement & leur Figure individuelle. Une Aile 1 une double Rangée de Tuîaux^ où l’on trouve 30 à 40, de ces Créa- tures,
Il-y-a de ces Boules qui ont îo, à ïî. Boutons ou Celules , j’en ai quel- quefois trouvé, qui n’avoient que trois à quatre de ces Habitations. Ils fouffrent aufii peu la Difieélion que les Premiers. Quand les Ailes ou les Bouquets font retirés en dedans, H Boule elle-même paroit brun- obfcur \ mais quand ils font étendus, celle-ci efi: très claire & tranfpa- rente , St alors on peut diftinguer, que ce n’efi qu’un Compofé de pe- tits Grains , que j’ai marqués ici par des Points.
Us ne mangent point d’Infeétes ; mais ils vivent uniquement des plus